Paris noir : merveilleuse découverte

Exposition Paris-noir au centre Pompidou Paris L’exposition Paris noir se tenait au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 30 juin. Quel est le sens d’une réaction au 9 juillet, alors qu’elle a fermé ses portes ? C’est qu’il s’agit d’un événement sans précédent, et que des ressources restent accessibles sur le site du Centre, comme la page de l’événement, qui présente quelques photos dans une (hélas) trop courte bande annonce une interview avec une des commissaires de l’exposition, Alicia Knock sur d’autres médias, comme cette interview réalisée par Anne Lafont sur AOC media qui montre toute l’importance, en termes d’histoire de l’art mais également par sa portée politique, de cet événement. Enfin, deux expositions organisées en écho dans des galeries de la capitale sont encore ouvertes : Terrence Musekiwa, jusqu’au 24 juillet 2025 à la galerie Eric Dupont Et pour deux jours seulement, Alison Saar, jusqu’au 11 juillet 2025 à la galerie Lelong J’ai donc visité trois fois cette exposition, tant elle était riche, tant elle révélait un monde inconnu pour moi. Un feu d’artifice de motifs, de couleurs, de styles, des rencontres en écheveau entre artistes africains, nord-américains, des caraïbes, etc. Beaucoup de gravité, beaucoup de joie. On espère d’autres expositions de cet ampleur!
9 juillet 2025: une rencontre avec Julien Boutonnier

Julien Boutonnier au Samedi en poésie de la médiathèque Verlaine (Metz) Le 24 mai 2025, à la médiathèque Verlaine de Metz, l’équipe de « Samedi en poésie » (Virginie Muller, de la médiathèque, Alain Helissen et Vincent Wahl, complices au sein de l’association Partage-poésie), accueillaient Julien Boutonnier (voir sur MissMedia en suivant ce lien). Julien Boutonnier est l’auteur, en dix ans de publication, d’ une œuvre foisonnante, large et forte. Une poésie d’apparence parfois élégiaque, dialoguante, sensible aux gestes infimes comme aux modulations d’ambiance, aux instants ordinaires. Mais aussi, une poésie puissante, reposant sur des dispositifs complexes, bâtisseurs d’une réalité nouvelle, ainsi que des styles diversifiés, savamment agencés, parfois en funambule, survolant l’indicible. De lui, deux livres étonnants, monumentaux: M.E.R.E. Rêverie Auschwitz, et Les os rêvent , sont parus en 2025 et 2022 aux éditions Dernier télégramme. Ces deux livres ont été précédés par plusieurs autres, devenus malheureusement introuvables. De l’un à l’autre… Dans Les os rêvent, Julien se laisse découvrir comme une sorte de Jules Verne steam-punk de la géographie du langage, d’Indiana Jones, sans flèches empoisonnées, sans herse, mais non moins labyrinthique, non moins en quête du mystère. A la lecture de M.E.R.E Rêverie-Auschwitz, on prend conscience du fait que Les os rêvent ont joué le rôle d’une forge, où Julien a fabriqué les outils dont il avait besoin. Lire ma note de lecture de M.E.R.E Rêverie Auschwitz sur Poesibao Dans Rêve fait loi, le texte suivant du blog, Julien revient aux rapports de sa poésie avec le deuil et le trauma. Voici quelques autres dimensions de cette poésie, multiforme, par les thèmes abordés, les styles, les ressources graphiques, les architectures variées qu’elle mobilise. C’est aussi une poésie d’allégories, construites pas à pas, avec les matériaux que fournissent l’interprétation des rêves de son auteur. Le rôle essentiel du rêve dans sa démarche, Julien nous en parle dans le texte qui suit, intitulé justement « Rêve fait loi » On pourrait présenter Julien comme un poète de l’amour, à l’érotisme sensible. Un poète de l’attention aux gestes infimes, à la moindre des attitudes de l’être aimé… Mais les morts, comme des commensaux, ne sont jamais loin. On pourrait parler enfin d’une poésie du corps, dans son tout et ses morceaux, ses membres, ses organes, sa souffrance, sa jouissance, sa peur, son rapport au langage qui « bâtit la peau », aux secrétions, sang, sueur, sperme, salive, lait et larmes. Julien nous fait voir le corps de l’intérieur : les veines « qui s’envasent », les yeux qui ne voient plus mais sont vus, les orifices, le foie qui filtre des images insoutenables et les fait tomber dans des lignes du récit, la main qui ferme son œil, le visage gazeux, l’autochirurgie, dans Les os rêvent, pour échanger des organes avec les rêves… Des mots du corps, Julien n’a pas peur. C’est parfois un peu cru, ce n’est jamais gratuit.
Rêve fait Loi! Julien Boutonnier présente son travail poétique, le 24 mai 2025 …

Le texte ci-dessous reprend les notes préparatoires de Julien Boutonnier à sa lecture publique du 24 mai 2025 à la médiathèque Verlaine, qu’il a bien voulu me confier pour ce blog. L’adaptation en vue d’une publication écrite est due à Julien Boutonnier lui-même. Rêve fait loi Julien Boutonnier, 24 mai 2025 Il peut paraître pratique d’identifier un auteur selon une thématique qui traverse son œuvre. On croit comprendre de quoi il est question. Néanmoins, il est important de garder en tête qu’un poème, qu’un texte littéraire peut être défini par son équivocité : on n’en vient pas à bout par l’explication. Je peux me présenter, par exemple, comme poète du deuil. Cela permet de situer le sujet que j’aborde. Toutefois, cela ne dit rien de l’écriture. Aussi, je préfère, par exemple, parler du deuil comme poème. Le deuil est un processus qui engage un travail poétique. Le deuil est l’occasion du poème. Disons que, pour moi, le poème entre dans ma vie avec la mort d’une mère. Disons que l’expression écrite du poème, sa nécessité, commence par un rêve. Ce rêve, je lui donne un nom : ·RêvedeNewYork. Je lui donne un petit nom : ·Rêve. Comme tout rêve, il se communique par le biais d’un récit. Ce récit, on peut le lire dans l’avant-propos de mon premier livre Ma mère est lamentable, et de mon dernier en date M.E.R.E Rêverie-Auschwitz. Ce récit de rêve, le voici : « Je suis à New York avec des amis que je ne connais pas. Je suis jeune. Je dois avoir vingt ans. Nous attendons dans une pièce exiguë. Quand vient mon tour, je m’avance dans un couloir étroit, légèrement en pente ; sur le sol est posé un linoléum lisse. Je me trouve en compagnie d’un vieil homme dans une arrière-boutique. Nous sommes tous deux accoudés à une table où veille un ordinateur. Je regarde son crâne dégarni, ses cheveux blancs qui frisent sur les oreilles et dans la nuque, son nez camus, ses yeux bleu lavande ; il devrait avoir l’air sympathique, pourtant il m’inspire autre chose, un sentiment difficile à exprimer. Il commence à parler en fixant l’écran de sa machine où je peux voir un paysage flou, humide, avec des cyprès et des murs. On dirait qu’il lit dans cette image les phrases qu’il dit. Il m’explique que ma mère était lamentable, qu’elle n’était pas du tout mère, qu’elle ne disait jamais rien. Il écrit ensuite, avec un stylo à l’encre noire, des lettres sur mon avant-bras, de haut en bas, qu’il relie par des segments. Je ne me souviens pas des caractères dans le détail. À la fin, le monsieur me tend une soupe. Des croûtons flottent à la surface. On dirait un soupe miso. J’hésite quelques instants à boire. Il se pourrait que le vieux veuille me droguer. J’ingurgite malgré tout le breuvage. Il y a un dépôt au fond de l’assiette creuse. On dirait des miettes de pain, comme si avant quelqu’un d’autre y avait trempé des tartines. » .Rêve intervient dans ma vie comme un souverain, comme un juriste : il fait loi dans mon existence, exige que je mette en œuvre un travail. Je décide de lui obéir. Mon écriture est la manifestation d’une obéissance par laquelle je contracte une certaine liberté. ·Rêve intervient dans ma vie comme une énigme. Il ordonne en tant qu’énigme. Ma liberté réside dans les interprétations que je fomente. C’est une grande liberté nichée dans le geste d’obéissance car l’énigme qu’est ·Rêve n’a pas vocation à être résolue. Dans Ma mère est lamentable, j’essaie de répondre à une première demande de ·Rêve. J’essaie de trouver l’image dont il est fait mention dans le récit : cette image d’un paysage flou, humide, avec des cyprès et des murs. Je raconte le voyage que provoque l’ordre de ·Rêve. Il s’agit de faire le trajet entre Toulouse et Mazamet que sépare une distance d’une centaine de kilomètres. C’est dans un cimetière de Mazamet qu’est enterrée une mère. Le dispositif narratif implique des photographies. Elles prennent en charge le récit de voyage. Les poèmes s’intéressent à la remémoration de la douleur du lien à la mère disparue. Puis ils racontent la recherche de l’image aux abords du cimetière. Ce livre, le premier publié, est marqué par la thème de la naissance, du cri, de l’affranchissement. Il n’est pas inutile de mettre en relief l’équivocité du titre. Ma mère est lamentable peut être bien entendu compris dans son sens littéral : ma mère est déplorable, triste, navrante. Toutefois, le suffixe -able renvoie aux idées de la capacité et de l’obligation. De la même manière qu’on entend l’adjectif applicable dans le sens qui peut être appliqué, on peut entendre le titre du livre comme relevant du sens : ma mère est quelqu’un sur qui il est possible de se lamenter. Enfin, comme on comprend payable dans la signification qui doit être payé, on peut entendre que le titre signifie : ma mère est quelqu’un sur qui l’on doit se lamenter. Paul Celan, dans son discours de réception du prix Georg-Büchner (édité en France sous le titre Le méridien), fait mention de la date du 20 janvier. Selon Michel Murat, dans son essai Les javelots de l’avant-garde, si cette date renvoie au jour où Lenz perd la raison, elle renvoie aussi précisément à la date de la conférence de Wannsee (1942) durant laquelle les nazis décidèrent de la réalisation de la Solution finale. On sait que Paul Celan perdit ses parents dans les camps de la mort. Ce qui fait dire à Michel Murat que « Tout vrai poème porte inscrit en lui son « 20 janvier » ». Cette inscription d’une date dans le poème est pour moi une obsession, un fondement et un horizon. Une date échappe constamment, elle hante, c’est, on s’en doute, celle de la mort d’une mère. Longtemps je n’ai pas pu me souvenir avec précision et certitude de la date de la mort de ma mère. Ce fut un vrai travail pour fixer une connaissance de cette date, de ce 6 avril. Cette difficulté
15 janvier 2025: un drôle d’avatar pour l’éthique de responsabilité

Le projet EACOP de Total Energie, dans une table ronde sur l’engagement écologique… Ce pourrait être, ou ce fut vraiment, qui sait ? dans une association, un débat interne, portant sur l’engagement écologique. Le débat est foisonnant, des idées intéressantes sont émises, même si une partie des prises de position relève davantage de la conversation de comptoir que d’un travail documenté. Mais le débat dérape, lorsque, pour illustrer le dilemme de Max Weber entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, le cas des actions de protestation et de désobéissance civile contre Total, notamment à cause de son projet EACOP (un oléoduc chauffé, reliant des champs pétrolifères en Ouganda à un port d’exportation en Tanzanie, sur plusieurs milliers de km, très contesté, à de nombreux titres, voir ici), sont abordées. On entend deux types d’arguments : certains, disent en substance « Total est une entreprise française, si elle est gênée par les actions militantes, ce sont des entreprises étrangères, sans scrupules, qui en profiteront ». Ceux qui combattent cette opinion invoquent les atteintes violentes au droit des populations sur le tracé d’EACOP. Mais personne n’aborde la question en termes d’enjeux de long terme, parmi lesquels l’irréversibilité des infrastructures énergétiques. Car ces entreprises productrices d’énergie attendent un retour sur investissement. Ces infrastructures durent longtemps, 50, 80, 100 années, peut-être. Il ne s’agit pas d’investissements de renouvellement d’infrastructures existantes, mais de capacités nouvelles d’extraction, d’acheminement, de raffinage des énergies fossiles. Elles seront là, et leurs propriétaires feront tout pour qu’elles soient rentables, donc qu’elles produisent, beaucoup, sur toute leur durée de vie, sur laquelle est calculée le fameux ROI, return on investment ! A chaque nouvel investissement, il y a donc un effet cliquet vers l’irréversible. Même si elles étaient construites dans le respect absolu des droits de l’homme, ce qui n’est pas le cas, en seraient elles moins dangereuses pour le futur de l’humanité ? A d’autres moments du même débat, toujours au nom de l’éthique de responsabilité, et à propos d’autres entreprises, d’autres branches, s’échangent des arguments, autour d’emplois menacés, etc.. et donc de la nécessité de prendre en compte toutes les conséquences avant de prendre position. Toujours plus…. Mais regardons dans une autre direction : une toute récente manchette du Monde, daté du 9 janvier 2025 nous permettra peut-être de distinguer les niveaux et de voir autrement la dialectique entre morale de conviction et morale de responsabilité. Le titre annonce : Les géants de la tech s’allient à Trump contre l’UE. Entre autres précisions, on nous indique que La silicon valley veut aussi …. sécuriser son approvisionnement en énergie. Autrement dit, tant pis si le climat explose (ou si les déchets nucléaires s’accumulent), pourvu que nous puissions développer le bitcoin, l’intelligence artificielle, etc.. Démonstration par l’absurde : cette volonté de développement industriel justifie toutes les fuites en avant dans la construction de toujours plus d’infrastructures énergétiques (l’extraction de toujours plus de métaux etc..), dans une logique extractive, mais aussi dans une logique capitaliste de rentabilité à long terme de ces investissements – et donc d’irréversibilité. Il y aura donc toujours des arguments, qu’ils soient souverainistes (pourquoi d’ailleurs une multinationale d’origine française serait-elle plus éthique qu’une multinationale d’origine indienne, chinoise ou américaine ? Sa logique est d’aligner son comportement sur celui des autres multinationales, pas sur les conceptions éthiques, à supposer qu’elles existent vraiment, de son pays d’origine ! ) ou basées sur l’équilibre économique et ou social de tel ou tel secteur. Cela montre les limites du critère d’éthique de responsabilité appliqué à des approches sectorielles … On peut relire aussi, dans le même esprit, l’édito de la lettre écologique de Mediapart du 8 janvier, qui démonte la fausse justification sociale des Soldes. Il rappelle notamment que, produisant 4 milliards de tonnes d’équivalent CO2, l’industrie textile est l’une des plus polluantes du monde, pesant plus que les secteurs aérien et maritime réunis.(…) Avec l’inflation, la paupérisation galopante, les soldes sont pourtant toujours présentés comme une bouffée d’oxygène (…) ce serait oublier de dire que si 3,3 milliards de vêtements, chaussures, linge de maison sont mis sur le marché chaque année en France, c’est deux fois plus que dans les années 1980, en même temps qu’explosaient les inégalités sociales. La surproduction – et le déstockage – s’est imposée comme un modèle économique qui s’accommode parfaitement des écarts croissants de richesse. Ou plus exactement qu’il vit de ceux-ci. Une approche éthique dans un monde complexe ne peut être que globale. Si on garde un point de vue sectoriel, il y aura toujours des arguments pour ne rien changer. Elle ne peut-être que solidaire : donner à chacun les moyens de vivre doit être la première contrainte économique des modifications de ce système global. Enfin, elle ne peut qu’être collective : nos scrupules individuels se heurteront vite à l’impuissance des individus au-delà de leur propre sphère de consommation. Enfin, la transposition de l’éthique de responsabilité dans un monde complexe, passe par la dissociation des étapes du raisonnement. Une première phase, d’invention, de conception, doit permettre de formuler un projet, ou plutôt plusieurs projets plausibles. Certains apparaitront, à l’évaluation, comme soutenables, respectueux des droits de l’homme, etc. d’autres pas. Il faudra expliquer, comme le fait Dominique Méda, le 6 janvier sur France Culture en quoi ceux des projets qui répondent à la contrainte de soutenabilité construisent un monde désirable pour tous. Ecouter l’émission avec Dominique Méda Ensuite, sur cette base, il faudra envisager avec les premiers concernés, notamment ceux qui pourraient en souffrir, les mesures concrètes d’adaptation, dans la justice, et le chemin critique de leur mise en œuvre, pour qu’ils puissent y trouver leur compte et donc adhérer au projet collectif. Une approche éthique, dans un monde complexe, n’est pas de mettre sur les épaules de chaque citoyen, individuellement, la charge de formuler des propositions réalistes, au nom d’un principe de responsabilité peut-être mal compris. On voit qu’elle passe aussi par une méthode, résidant notamment dans le fait de faire la clarté sur la soutenabillité des modèles économiques et sociaux pensables, et de décrire les chemins pour y parvenir,
6 janvier 2025: Un festiwahl de quart de siècle, quand même. C’est bien grâce à l’Alcofribas …

Notre quart de siècle : Instantané au mage, à la thalamège (vœux géants) … Vingt cinq l’an quart l’an de fer blanc – qu’on entrechoque – vœux dans les yeux quart de bidasse, demi-portion, vin tumultueux… (car mieux vaut un quart qu’infox, de mage noir) Fer-blanc, carton, haillons, un pugilat de carnaval, battant casseroles et banjos (tout ça finira au brancard) Vingt cinq l’encart à défendre contre lanternes, billevesées, et de la pub, la marée montante… Prenons le quart ! lisons …. Et… de l’air ! Tiens, lisons, inhalons, dans le Quart-livre de maitre Alcofribas Nasier bouquin né en Metz-les-embruns, Metz du ressac Metz port en mer jurassique le phare coiffait le Saint-Quentin le mole touchait aux Allemands un galion éventré retenait le jusant et laissait s’écouler la Seille in saeculae saeculorum y accostaient les Thalamèges et dans tous les tripots, les matelots beuglaient du Brel les cormorans de la Moselle en sont les survivants témoins – séchant leur zèle… Au large, nos poumons, et large, le regard ! Quart-livre nous ouvre un chemin dans l’amer entre foire et chicane et de moine moiné en quaresme prenant en moine cuisinant pour millésime vin-dicatif vitaminant ! Force histoires d’andouilles réconciliées : monstres défaits … Quart-livre nous met en l’arche celle-là même du langage (comme dit Fabrice Hadjadj) Au large l’arche ! laissons-la naviguer d’ile en ile avant fermer les écoutilles Cy-que j’accueille rennes, caméléons, licornes et moutons dans la soute de mes pensées les moins formulées, nourris du foin des mots à naître … Quel refuge offrirai-je aussi à microfaune et flore discrètes sous mes pieds, dans l’air sur la peau Pour une année râblée – trapue – arque boutée – contre ressac remous retours de flamme versus l’ ixe-mage musqué le troll-tankiste à la trumpinette (et donc Qui est le patron ?) encore moults épouvantaux podestats auto- proclamés sans oublier quelques beloches dogmatiques et cheffaillous bien de chez nous (de l’air !) nous faudra une langue tout en vertèbres toute en jeune sève toute en circulation toute en vieux mots d’en rire vieux maux : mieux vaut… de messer Alcofribas le susnommé Quart-livre ! Le quart livre des faicts et dicts héroïques du bon Pantagruel, de François Rabelais Lanternes : niaiseries Alcofribas Nasier : anagramme parfois usité par François Rabelais lui-même Thalamège : nom du navire de Pantagruel ; parfois utilisé comme nom commun Andouilles : habitants de l’ile des Farouches, ennemis de Quaresmeprenant, d’abord opposés à Pantagruel avec qui ils finissent par s’entendre Fabrice Hadjadj, philosophe, invité l’émission Talmudiques (France culture) des 29 décembre 2024 et 5 janvier 2025, auteur de Le Dieu des bêtes, éditions DDB, 2024 et de Noé, commencer à la fin du monde, éditions Salvator, 2024 Beloches : brebis, expression entendue dans l’ouest de la Saône et Loire
31 décembre 2024: Nostalgie ultralibérale ou paresse de l’imagination : l’esthétique du choc ?

Depuis quelques jours, mon rituel poème de nouvel an m’échappe…. … il risque d’être trop noir pour le genre, sentencieux… Changer complètement d’orientation ? Difficile. C’est qu’avant de trouver un angle optimiste voir joyeux pour mes vœux, j’ai besoin d’affronter mon état d’esprit morose, à l’image de ce que fut 2024. Alors, ces intuitions qui ne font pas un poème, essayons d’en faire une chronique à offrir à mon blog pour l’année 2024. Lourd et gris millésime, 2024, chacun le sait. Les Jeux Olympiques ont sans doute offert à certains un répit et une occasion d’optimisme, mais je ne soupçonnerai pas ceux qui auront le mieux bénéficié de ce choc vitaminé d’être moins lucides sur le reste. Pour tous ceux qui, comme moi, croyaient à une certaine pédagogie des difficultés, sinon des catastrophes, l’approfondissement des régressions, écologique, sociale, politique, tandis que s’aggravait la catastrophe écologique et sociale a produit un atterrissage brutal, une opaque stupéfaction. J’ai tenté de les analyser dans un article du mois de septembre sur la confusion éthique. Et hier encore, deux journalistes du Monde, Audrey Garric et Stéphane Foucart, actaient le passage à vide de la transition écologique française, l’urgence de ces questions ayant disparu du discours politique, même au rang de politesses de langage sans conséquence, et le climatoscepticisme étant en hausse dans l’opinion. Stéphane Foucart fait d’ailleurs partie de ceux qui observent le phénomène d’écolobashing en hausse, comme dans une chronique, parue dans Le Monde des 23-24 juin 2024, intitulée « voter contre soi-même ». Il y analyse le déni des victimes des inondations de l’hiver 23-24 dans le Pas de Calais, le refus d’admettre que ce sont les atteintes à l’environnement, ou l’inadaptation des aménagements aux changement climatique, qui les ont frappé, et leur colère curieusement retournée contre les écologistes. Désespérant mécanisme de recours à un bouc émissaire pour ne pas regarder les problèmes en face. C’est dans ce contexte, que le président Nanon, en décembre 2024, invoque un « choc d’espérance ». C’est, un peu avant la réouverture de la cathédrale Notre Dame, en visitant ce chantier hors-norme, et pour se réjouir avec les acteurs de ce projet un peu fou de restauration, mené à bien en un temps record. Un succès rebâtisseur incontestable. Il est justifié de les féliciter, tous ces compagnons, et même de se féliciter soi-même. D’extrapoler, comme on l’a fait depuis à tous sujets réclamant un tantinet de volontarisme ? Disons que c’est de bonne guerre. Mais enfin, un choc, l’espérance ? Une fois encore, on se réveille groggy : Nanon a fait son exhibi… Choc d’offre, de compétivité, d’innovation, des savoirs… de la part de ceux qui voudraient nous gouverner, du moins à la mode actuelle, serions-nous les objets, les prétextes, d’une intention, voire d’une esthétique du choc ? C’est peut-être qu’après avoir professé que « there is no such thing as a society » (Thatcher) ou qu’il n’existait pas de bien collectif, seulement une addition d’intérêts particuliers (Balladur, Sarkozy), il faudrait trouver une manière d’animer, de faire marcher droit, ce corps social cousu de morceaux de viande disparate. D’où le choc électrique qui nous mettra littéralement au pas, nous le peuple impénitent, monstre composite de la start-up Frankenstein inc. Le président Nanon nous verra t’il un jour autrement qu’en boules de billard ? Et non plus le monde, seulement, en Large Hadron Collider (nonobstant le chant du boson) ?. Mais peut-être accoler choc et espérance révèle t-il une nostalgie ou un désir secrets, ceux de pouvoir appliquer enfin cette bonne vieille stratégie du choc à fin de remise à l’équerre capitaliste, cette stratégie que Naomi Klein a dévoilée, celle qui permet, après une catastrophe, de revenir sur les structures sociales, politiques, culturelles, que l’on croyait les mieux acquises, comme Thatcher profitant de la guerre des Malouines pour imposer sa politique de destruction sociale, ou les vautours de la Nouvelle Orléans après Kathrina, les capitalistes du désastre à Porto Rico après l’ouragan Maria, Millei après hyperinflation en Argentine? Pour le duo Trump/Musk , on commence à peine à voir. On n’a sans doute pas fini. On me dira que s’agissant de la France je vais peut-être un peu loin. Restons donc tout près du sens des mots. Celui d’Espérance, le laisserons nous occuper, quadriller, par une foi d’animal, intérêt et capital ? Qu’en savons-nous de l’espérance ? Parlons déjà d’espoir, dont notre langue (chance ?) le distingue, depuis peu, sans doute, puis qu’au dix-neuvième avoir des espérances, c’était supputer un héritage. Espoir, espérance, laissons de côté celui du gain, jeu à somme nulle. L’espoir on peut plus facilement le cheviller au corps. L’espérance, il m’est plus facile d’en dire ce qu’elle n’est pas, rappeler qu’elle n’est pas où on la cherche. L’espoir qui nous parle à tous, c’est quand je travaille, quand je combats, parfois quand je nage à contre-courant, quand je vois naitre et grandir. C’est quand je relève, quand je restaure (pourquoi pas ? ) et quand je plante. Quand je sens que ça ne s’arrêtera pas avec moi. Tout ça c’est lent, ça germine plus que ça fulmine, c’est opiniâtre ou détendu, c’est ouvert ou c’est défendu, c’est plus ou moins harmonieux, d’une beauté quelquefois convulsive, mais ça n’a rien à voir avec un choc. Et donc l’espérance ? Est-ce l’accélération de l’espoir ? La descente dans sa profondeur ? Une autre de ses dérivées? Un passage à la limite ? Une quintessence de l’optimisme vital ? Ou bien quelque chose d’un tout autre ordre ? Sur le mont Horeb, sécheresse, désolation, le prophète Elie, arrive enfin, vaincu et désespéré. Il attend Celui qui ici le convoque. Passe un vent violent qui déchire montagne et rochers. Passe un tremblement de terre. Passe un terrifiant incendie. Mais l’Eternel ne réside dans aucun de ces « chocs » puissants. Survient alors un murmure, doux et léger … (d’après le premier livre des Rois, chapitre 19)
15 novembre: à la radio, un retour sur l’incendie de la médiathèque de Borny

Ce « monument » tellement aimé, célébré, mais abandonné à la destruction…. La très belle série d’émissions « les pieds sur terre » sous le titre générique « Nanterre pas ton rêve », revient sur les émeutes consécutives à l’assassinat de Nahel en juin 2023. Mercredi 15 novembre, il s’agit de la médiathèque de Metz-Borny, il est temps, en effet, d’y revenir. Vers la page de l’émission Des paroles d’habitants de longue date, un homme âgé, ancien instituteur en maternelle. Un étudiant en droit pour qui la médiathèque e été le lieu de rencontre avec les livres, les films, mais aussi l’endroit où il venait faire ses devoirs, préparer ses examens, une matrice de « réussite » pour sa fratrie et lui même. Sarah, la maman d’un enfant de 3 ans, qui lui lit des histoires tous les soirs . Deux bibliothécaires, dont transparait si fort l’amour pour les enfants qu’elles accueillaient dans « lile aux bébés », des animations pour les 0 – 3 ans autour du livre. Leur inquiétude aussi, car le lieu prévu pour une reconstruction est plus éloigné des habitations, une grande partie des habitants n’iront pas aussi loin. Une merveille d’empathie, cette émission. Le voeu qu’exprime Sarah, à la fin, c’est d’ailleurs que, recontruite, la médiathèque devienne aussi un lieu d’écoute et de prévention. Mais l’émission réveille les interrogations que je posais dès le lendemain de l’incendie; pourquoi la médiathèque de Borny, si centrale, si importante pour ces générations d’enfants devenus parents à leur tour, n’a pas été mieux protégée? Ce lieu qui abritait 100 000 documents, dont des collections uniques, irremplaçables… Les bibliothécaires racontent que dès la veille, la bibliothèque avait été vandalisée: vitres cassées, ordinateurs déplacés, tentative de mettre le feu à un siège… . On leur avait demandé d’emmener leurs effets personnels, elles ont préféré emporter quelques caisses de livres… La mairie de quartier attenante elle aussi avait été attaquée..Cet incendie, comme on pouvait d’ailleurs le supposer sans même était donc prévisible. Mais pas de protection sur place, les secours ont mis trois quart d’heure à arriver, rien n’a pu être fait… Depuis la mairie a ouvert une cagnotte pour que la population puisse contribuer à la reconstruction… Mais les choix budgétaires de la municipalité ne sont, clairement, pas en faveur de la lecture publique, dont on a de bonnes raisons de penser que les dirigeants n’y croient plus, et depuis longtemps… Dès lors, quelle crédibilité, quelle équité à un tel appel?
27 septembre 2023 : Fantasia, ou sex-toy?

SUV, ou sport utility vehicle. On a le droit de se lâcher : Scandale UniVersel ? Stimulation pUrement Virtuelle ? Sordide Usurpation Violente ? Mon enVie, j’asSoUVis, que les autres assument ! De 1,5 à 2,5 tonnes de ferraille et plastiques quand même. Les émissions de GES qui vont avec. Il commence à y en avoir d’électriques. Bon pour le moral, certes, mais un SUV électrique ça doit sucer plus d’électricité, en proportion, qu’une voiture moins lourde, non ? A croiser avec ce post récent de Novethic sur la consommation de l’avion vert. C’est un autre sujet, certes, mais illustre aussi les limites du recours à l’électricité, surtout si on veut continuer la fuite en avant dans les consommations énergétiques. Prix d’un SUV : entre 30 000 et 150 000 euros neuf,. Et le problème c’est que plus c’est cher, plus ça risque de gagner, pour les autres, ceux qui ne peuvent pas, le statut d’une image patentée du bonheur, d’un horizon de désir. Si tu n’as pas ton SUV à 50 ans… Bonne nouvelle, en occase, c’est presque à la portée de tout le monde. Bref, le simili 4×4 de l’ère médiocratocène, la distinction pour les nuls. On sait qu’ils fleurissent à Paris, où leur principal mérite, outre la déjà invoquée distinction, est de permettre de grimper sur les trottoirs (merci pour ce rappel, Jacques D.). Ils se multiplient aussi à Metz. Plus qu’ailleurs, je ne sais pas. Peut-être la proximité du Luxembourg, où les transfrontaliers peuvent dépenser leurs salaires imbattables (10% au total, du PIB de la Lorraine !!) en joujoux défiscalisés, joue-t-elle un rôle. Peut-être est-ce partout, dans notre belle France, notre belle Europe, sans parler des splendides USA. J’ai l’impression qu’ils prolifèrent depuis le déconfinement, et je parierais bien – tiens, un exemplaire dédicacé de Par où Or (ne) ment! qu’on a affaire à une logique de compensation. Un pari 100% gagnant pour tous ceux qui voudront jouer avec moi : en gros, je troquerai le bouquin contre vos statistiques et arguments, je publierai la synthèse ici. A vos documents ! Pour revenir au troupeau des SUiVistes, mon hypothèse est qu’on est dans la revanche sur la vachitude de la vie collective. Je n’ai pu prendre l’avion autant que désiré vers les destinations estampillées bonheur, instagram-compatibles, quoi… (A ce sujet, voir un très intéressant article de Weiqiang Lin dans Métropolitiques sur le revenge travel, le voyage de revanche… dans lequel l’auteur soutient la thèse d’une industrie aéronautique qui utilise cette frustration « la pandémie a fait de l’industrie aérienne une créature plus insatiable qu’auparavant, alors même – ou peut-être parce que – bien des voyageurs plébiscitent son retour ») Alors, poussons un peu l’analogie. Vous m’avez fait ch…, tribuler, vous, chauve-souris, pangolins, chinois en chine, Etat, société, en m’empêchant d’aller boire ma caïpirinha sur une terrasse d’Ipanema ou de Phuket, vous m’avez puni, fait les gros yeux, privé de moutarde, envoyé au coin, forcé à me vacciner, et toc du coup ducon, je vous fait un SUV d’honneur. Bon je SUbodore aussi des p’tites réminiscences intimes ou assumées de car je le Vaux bien, sur laquelle le marketing des compagnies automobiles s’appuie en sourdine…. Parce que bien sûr, derrière cette appétence d’un certain public pour les SUV, il y a la volonté de continuer à se développer, contre tout, de cette industrie, de cette branche du capitalisme. On sous-estime l’attachement des heureux possesseurs à leur objet fétiche. Andreas Malm, pages 99 et suivantes de Comment saboter un pipeline (La Fabrique éditions, 2020, 216 pp 14 €) rappelle l’action inaugurale d’un groupe d’activistes qui, en juillet 2007 dans un quartier rupin de Stockholm, avaient -réversiblement – dégonflé les pneus de 60 SUV de riches (ni des utilitaires, ni des véhicules de personnes handicapées, etc..) et les réactions outrancières bien que lyriques, pleines de fantasmes de vengeance, à cette action de désarmement qui n’avait pourtant entrainé aucun désagrément durable. Exemples, entre menaces de mort, et messages d’injures : Comme beaucoup d’autres (courage de ne pas se sentir trop seul) je vous mets au même niveau que les kamikazes ou les pédophiles. Je préférerais même qu’on libère des pédophiles et qu’on remplisse les prisons de gens comme vous. Ou encore: L’air dans mes pneus est un bien privé – le dégonflage est une attaque contre la démocratie. Etc.. L’outrance est grande, on la gonfle au souffle que l’on peut, mon n’veu… Bon, des stupidités, des réactions d’indifférence et de déni, on en a déjà arpenté des kilomètres. Ceux qui nous survivront (on espère qu’il y en aura) en feront des blagues. Souvenez-vous : passage de l’an 1999-2000. Les tempêtes Lothar et Martin. A Paris, pour célébrer l’an 2000, tout un village de moulins à vent avait été construit le long des Champs Elysées. Parait que c’était joli. Dire que Lothar a bousculé tout ça est un euphémisme douceâtre. Eh bien j’en connais un qui, le lendemain, a pris sa voiture (alors que de chez lui c’était direct en métro !) pour aller s’en esbaudir. Mais le SUV, le pied de nez à la société qu’on érige en infrastructure meurtrière, c’est autre chose. Ma mâlitude. Ma SUb-Version à moi. Si je savais tirer en l’air en montant un cheval noir au galop, décoiffé, magnifique, je n’aurais pas besoin d’un SUV. Si je savais et voulais bien transmettre quelque chose à mes enfants, à mes petits-enfants, à mes neveux, mes pupilles d’Etoile à Nation, etc.. je n’aurais pas besoin non plus de ce symbole assassin. C’est comme ça qu’on passe de la plus noble conquête de l’homme à sa plus ignoble quéquette. S’affranchir de l’affect qu’il y a derrière nos sex-toys ? Difficile, sans doute… Par delà le coup de gueule … J’avais sans doute besoin de me défouler, contre ce symbole agressif d’une hyper consommation de luxe… Pourtant je le reconnais volontiers, ce coup de gueule est aussi un aveu d’impuissance, un constat d’échec. Comment rejoindre, comment parler aux propriétaires de SUV – à ceux qui ont le projet
(sur le numéro de Challenges du 1er juin 2023) : L’économiste et le thermomètre

L’urgence climatique entre le drame de la dette publique et la tragédie des communs Il m’arrive de lire, sans prétention, des quotidiens ou magazines dits « économiques » comme les Echos, Challenges… assez pour éprouver des impressions, ressentir des intuitions, pas assez, bien sûr, pour faire des statistiques et énoncer des thèses ! Mes impressions c’est que le climat, c’est le cas de le dire, n’y parait pas hostile, du moins massivement, à la prise en compte des enjeux climatiques… . Vas-y Manu, cause nous écolo ! disent les Echos Par exemple, qui donc pose la question : Quand Emmanuel Macron se décidera-t-il à parler enfin – vraiment – d’écologie ? Eh bien, c’est le quotidien des milieux économiques « Les Echos » ! dans un article d’Anne Feitz, , intitulé La Planification écologique, angle mort de la rentrée politique (Les Echos du 6 septembre 2023). Dans ce même esprit, j’ai lu avec attention le numéro de Challenges n° 789 du 1er au 7 juin 2023, que je l’espère, vous pourrez le retrouver car il mérite un détour ! Ces lectures un peu sporadiques permettent-elles de se faire une idée de la conscience écologique de la presse, voire des milieux économiques, dans la mesure où cette globalisation aurait un sens ? Cette conscience est-elle alignée sur les partis politiques, notamment à droite ? La question en tous cas a été récemment relancée par les débats qui ont eu lieu autour du vote, par le parlement européen de la « loi de conservation de la nature ». Grand écart et bonne surprise Concernant Challenges du 1er juin, l’impression, en première approche, est celle d’un grand écart : la page de titre, d’abord, qui crée le choc, apparemment, entre la Dette publique « Le vrai risque » et le Climat « 10 bonnes et mauvaises nouvelles ». Tombant dessus à la gare de l’Est, je me suis cru revenu aux temps pas si anciens, où l’inestimable Michel Pébereau, chef de file de la commission rédactrice du rapport portant son nom, commandé, sous la 2e présidence de Jacques Chirac, par le ministre Thierry Breton, voulait mettre l’inquiétude sur la Dette publique au même niveau que celle sur le climat (le choc que j’en ai ressenti fut une des fortes inspirations de mon livre Par où Or (ne) ment !). On sait aussi que le succès de Michel Pébereau a peut-être dépassé ses propres attentes, car l’inquiétude sur la Dette a justifié des cures d’amaigrissement des services publics, désastreux, tandis que la préoccupation sur le climat est restée assoupie sur son mol oreiller au moins jusqu’en 2016 ou 2017 (comme on oublie vite !), et qu’aujourd’hui, bien qu’on ne parle que de cela, météo oblige, on sent encore beaucoup de résistances… Mais non, fausse alerte, les articles de Challenge n°789 ne sont pas unanimement pro ou anti-climat, et révèlent une discussion interne à la revue. La surprise est plutôt bonne : dans l’ensemble, le contenu me parait intelligemment nuancé, et, semble dénoter un niveau de prise de conscience de la presse économique qui semble bien supérieure à celle d’un Président et d’un gouvernement qui se proclament par ailleurs pro-business. Bruit, fureur et actionnaires Sous le titre Le climat dérègle les Assemblées générales, Claire Bouleau rappelle la multiplication des démonstrations de colère (qui) s’expliquent par une préoccupation grandissante de la société, et relève que les activistes en AG trouvent de nouveaux alliés, tels que les communautés impactées, scientifiques et … certains financiers, parmi lesquels de puissants fonds d’investissement américains comme Blackrock et Vanguard. Pour ceux-ci, les votes en faveur des résolutions activistes ont pour but de forcer les entreprises à être plus transparentes et à prendre des engagements plus ambitieux. Les producteurs d’hydrocarbures ne sont plus les seules cibles des défenseurs de l’environnement, relève Claire Bouleau, les acteurs financiers, sans lesquels les pétroliers ne pourraient agir, sont pris à partie, avec une augmentation des résolutions activistes de 4% à 24% en un an. Pour autant, les actionnaires se préoccupent toujours plus de la hausse de leurs dividendes que de la température, malgré quelques signaux, comme la reconnaissance par Total Energies que tenir l’accord de Paris impliquait de ne plus financer l’industrie fossile. Reste à joindre le geste à la parole, conclut Claire Bouleau. Au rapport ! La revue analyse ensuite le rapport de Jean Pisany-Ferry, Les incidences économiques de l’action pour le climat remis le 22 mai, comme bonnes et mauvaises nouvelles. (L’opinion de Pierre Gollier est souvent mise en contrepoint des éléments issus du rapport.) Premier point de l’énumération : la neutralité carbone est atteignable, car, depuis 1990, avec une augmentation du PIB de 50%, l’empreinte carbone de la France a diminué de 20%. Mais cela suppose une grande transformation, d’ampleur comparable aux révolutions industrielles du passé… Ensuite, nous ne serions pas condamnés à choisir entre croissance et climat. Selon les auteurs, la voie de la décroissance est une voie sans issue car passerait par l’annulation des gains de revenu des derniers siècles. Gollier pour sa part estime qu’une décroissance du pouvoir d’achat n’est possible que dans le cadre d’une dictature écologique. Mais les réglementations environnementales stimuleront le progrès technique et devraient permettre de concilier les deux objectis. La sobriété pèsera moins de 20% de la baisse des émissions. Les auteurs du rapport se méfient de la notion de sobriété sous contrainte, et rappellent la prégnance des modes de vie dans la structuration de la consommation, comme la dépendance à la voiture individuelle entrainée par la périurbanisation. Citant Pierre Veltz, ils rappellent, qu’il est difficile de demander de la sobriété individuelle au sein d’une société organisée autour de l’abondance et du gaspillage… La décarbonation coûtera 2 points de PIB par an, et la transition se paiera d’un ralentissement de la productivité. En effet, elle entrainera une bosse d’investissement, pour des dividendes déportés de dix à vingt ans. L’acier qui sort ou le service rendu… reste le même, sans gain immédiat. Un accroissement des prélèvements obligatoires sera nécessaire. Par ailleurs, le risque sur la dette publique est de 25 points en plus en 2040. Enfin, la transition augmente le risque inflationniste, du fait de la concentration des investissements et de
9 août 2023 : Je n’en mourrai pas …

Mon assureur décès m’a laissé tomber il y a quelque mois au motif que j’avais passé les soixante-cinq ans. Bon. « Je n’en mourrai pas », me dis-je. Mais mon sentiment de responsabilité (mon épouse, mes enfants, etc..) et même si j’ai déjà une assurance décès causes accidentelles, et même doublée ou triplée dans certains cas, et qui elle, reste ferme comme les mâchoires d’un piège en acier, ça me chiffonne un peu de ne plus avoir d’ »assurance-décès toutes causes », comme ils disent. Je fais donc un dossier auprès d’une autre mutuelle (dans l’univers de la sécu à trous, rien n’empêche de cumuler) qui comporte un questionnaire médical, et il se trouve que j’ai, depuis longtemps, plusieurs pathologies à surveiller (à côté de ton corps, jamais, jamais, ne t’endors !). Et voilà qu’on m’en diagnostique une nouvelle, pas si petite, mais bien circonscrite. Si je me soumets bien à ce que me recommande le corps médical, je n’en mourrai pas. Enfin, qui sait ? Guérison à 90% et dans les 10% restants, j’ai encore » »une cartouche à tirer », comme ils disent. Je me doute bien, nonobstant, que cet optimisme ne vaut pas pour mon dossier. Je crains qu’on me propose de fortes surcotisations que mon sentiment de responsabilité déjà cité me poussera à accepter, ou même que l’assureur exclue tous les vrais risques, n’acceptant d’assurer que des éventualités aujourd’hui très peu probables chacune, quoi que si on les additionne…. Finalement, l’assureur décès décide de me faciliter la tâche et refuse en bloc. Contrairement au dossier, je n’en mourrai pas, et d’autant moins qu’il m’ôte ainsi de plusieurs doutes et dilemmes, substances hautement pathogènes ! Mais voilà que la conseillère de la mutuelle m’appelle pour me le dire. C’est une gentille attention. A peine m’a-t-elle annoncé avec précaution ce qu’elle considère comme une triste nouvelle, qu’elle poursuit : » l’autre jour, je vous avais parlé de notre offre d’assurance obsèques, avez-vous réfléchi, voulez-vous la souscrire ? » Quelque chose doit heurter ma sensibilité car je me récrie : « eh, je ne suis pas encore mort ! » « Non, non, bien sûr », me dit-elle, mais plus on attend, plus c’est cher, alors je vous en parle! « Je crois que je ne fais que répéter : « je ne suis pas encore mort ! » Alors, elle: « bien-sûr, il faut positiver! »