Gérard Cartier , écrivain-monde

La chronique précédente faisait un « portrait chinois » de ce poète, qu’ Alain Helissen et moi, en complicité avec la médiathèque Verlaine de Metz, avons reçu le 21 mars dans les Samedi en poésie. Voici, en complément, une approche, évidemment  subjective, de son œuvre, comme  première boule de cristal. Entrer dans  la poésie de Gérard Cartier s’est révélé pour moi, lentement mais avec insistance, comme un défi ou une aventure. Gérard Cartier est un poète-monde. Ou plutôt un écrivain-monde car il écrit aussi des romans, des critiques, des essais. Un monde en archipel. On commence par exemple, tiens, par « Les métamorphoses » (Le Castor astral, 2017)  qu’on a trouvé dans un bac d’occasions, puis on ouvre « Les amours de Loris » (Al Manar, 2025), qui, d’ailleurs,  me réconcilient avec le poème d’amour, dont je croyais le sujet clos, à moins de répétition du même,  après les écrits, pour moi définitifs des  Apollinaire, des surréalistes, ou de Cendrars.. Chaque livre  séduit. La poésie de cet anti-lyrique revendiqué dégage une sorte de frémissement de  lyrisme contenu, quand l’humour ou le tragique ne viennent pas le perturber.  Voici la réponse qu’a donné Gérard Cartier à une question sur cet apparent paradoxe: Je me méfie beaucoup du lyrisme, entendu comme expression exclusive des sentiments personnels, de la complaisance et de la facilité formelle qu’elle engendre très souvent. Mais je ne repousse pas les sentiments, bien au contraire. C’est un chemin étroit à suivre… On passe à de nouveaux livres, on est abasourdi. Que de matière ! que de thèmes entrecroisés ! Chacun d’eux se déploie de manière fractale, chacun des poèmes devient à son tour un monde en soi, l’ile voisine de l’archipel se dégage de la brume et se révèle à son tour comme un archipel miniature. Tout cela fait coexister des créatures diverses, foisonnantes. Une bio-géographie. C’est en tous cas, l’impression qui se dégage du «voyage intérieur » (Flammarion, 2023). Mais c’est déjà présent dans les livres plus anciens, comme « le Désert et le Monde » (Flammarion, 1997) ou « Les métamorphoses », déjà citées. On éprouve alors le besoin de voir l’archipel d’en haut. Pour cela, il existe un véhicule adapté, mais attention en y montant, on risque de ne pouvoir redescendre ! C’est le site personnel de Gérard, Au Monomotapa. Se rendre, dare-dare, au Monomatopa !! On y découvre, par exemple, qu’il a donné à deux de ses livres la forme d’un jeu de l’oie, L’un d’eux, « l’ultime Thulé (2018) », rebondit sur la légende d’un  saint irlandais navigateur recherchant le Paradis.  Il y est proposé de lire les poèmes dans l’ordre que déterminera le jet du dé (on peut y jouer directement sur le site « Au Monomotapa »). Jouer !!! Avec cette méthode, on n’est jamis sûr de pouvoir lire le dernier poème du livre. Commentaire de Gérard Cartier : Certains n’atteignent jamais l’ultime Thulé ‒ il est des songes inféconds ou désastreux   Plus largement, on y perçoit les lignes de force de l’œuvre : le goût du voyageur pour les cartes, la géographie, une prédilection  pour l’histoire, une urgence de la dire, que Gérard explique par sa naissance au pied du Vercors.  L’histoire de ce maquis détruit par les troupes allemandes a marqué sa jeunesse, a suscité trois de ses livres, poésie et roman, et par extension,  l’intérêt pour l’Algérie, la Palestine, comme dans « Le Hasard », pour les migrants de toutes époques, comme dans le poème « La frontière (Saorge) », du Voyage intérieur.  …ici des vieillards           courte force de bras           mais longue mémoire           où passèrent tous les bannis           juifs           communistes           descendant la Roya par les chemins de crête    Ou encore, le destin de Robert Desnos, assassiné  à Terezin, auquel deux livres ont été consacrés. Autres soubassements : la volonté de « tout dire » en poésie. le goût pour les mythes du moyen-âge, et sans doute aussi pour les langues anciennes (celle du Moyen-âge ou le latin d’un Ovide) Le rôle du hasard comme « lieu et condition de la liberté d’écriture », mais aussi bois ou roc à sculpter : « …je compte et corrige Lente rédemption Et avant que se répande Le silence je recompose le monde Découpant dans la matière du hasard Un sens plus parfait… » (Le Hasard) Le projet de réactiver la poésie épique, en étant sourds aux triomphes et pitoyable aux victimes…On pourrait ajouter un projet quasi encyclopédique qui s’exprime dans « Le voyage de Bougainville » (2015), et s‘épanouit dans « Le voyage intérieur ».    En résumé, peut-être, je trouve passionnant d’écouter la manière dont il parle de son travail, qu’il qualifie, encore ailleurs, de monastique: Je les envie, ceux qui écrivent comme ils vivent, dont le poème est un sous-produit de la machine humaine, au même titre que le gaz carbonique ou les larmes (…) Chez moi, rien de tel, Mon poème est le fruit de la volonté et d’une longue obstination (…) Je n’ai jamais publié de recueil, au sens d’une collection d’instants vécus, comme on compose un herbier au hasard des promenades. (…) Se limiter à être le scribe de l’instant, c’est se priver de mille virtualités.(Je crois qu’on peut (et même qu’on doit) tout dire, aussi bien la fiction que le réel, l’Histoire que la vie courante, la société que l’intime, c’est-à-dire l’aventure commune aussi bien que sa propre vérité sensible. (…) De fait, tous mes livres (…) sont construits. Ils répondent à une double contrainte, thématique (comme, dans l’Ultime Thulé la légende de Saint Brandan…) et formelle (la structure du recueil en jeu de l’oie),   Il est temps de redescendre  vers le sol des poèmes ! Ces  quelques vers des « Amours de Loris », qui feront peut-être percevoir le frémissement lyrique, dont je parlais au début de cette chronique?      Ton silence est une longue aiguille         fichée dans ton cœur          dont tu crois te châtier            mais au fond de la nuit              une aile bat          clouée à ton portrait       sans pouvoir s‘arracher               mais une langue          dans l’infra-rouge           crie ou encore :   L’enfant aux yeux bandés          qui cherchait la

Gérard Cartier à la médiathèque Verlaine, 21 mars, la bande annonce!

Qui donc, explorateur ? Qui  cultiva  les tropismes de son plausible aïeul  (au moins spirituel), j’ai nommé le Grand Jacques d’outre-Terre-neuve ? Qui a d’ailleurs situé à Saint Laurent certains soubassements d’un intime  mémorial maquisard? Qui donc révèle, de texte en texte, sa passion des cartes et des tracés, de l’histoire et des langues délaissées? Qui suivit Robert Desnos dans son itinéraire de persécution et de mort? Et même un moine  baroudeur dans son vaisseau de cuir? Qui, dans la vie d’à côté, posa moultes fondations mathématiques de tunnels et autres voies ferrées, qui n’ a déplacé aucune montagne (tiens, moi non plus !) mais les a traversées à la racine (ah la la,  pas moi !) ? Qui a pelleté des monceaux de légendes, de savoirs et d’images (à la *** – Bresson ) en vue de voyages-formant-la-jeunesse,  et de dépaysements, en pleine neutralité carbone, à nous offrir au pays même que nous croyions si bien connaitre? Qui donc, partout, Tintin accompagne ? Qui, dans les quatre saisons, a repeint au vin blanc les quatre itou quartiers du cœur battant de la poésie amoureuse ? Pour vous, seulement, et  à la demande générale, je  révèle un bout de l’énigme : C’est notre invité des Samedi en poésie Du 21 mars 2026 ! (Jour du printemps, qui repeint les cœurs au vin blanc, et je dirais même plus !) à 16h00 à la médiathèque Verlaine de Metz, Et je dirais même plus : c’ est un poète,   Brun l’ ours! Brun l’ours ! Brun l’ ours!   Euh … je crois bien que tu t’es laissé  emporter par ton élan mon bon Charolles peut-être même  as-tu trop trempé dans la chartreuse tes tartines du matin,   sans compter tes abus d’illustrés dans l’enfance, autre matin ? Pourquoi pas Sylvain et Sylvette tant que tu y es? Sans doute, Commissaire Bougret, sans doute, alors qui c’est ? Mais c’est Cartier, voyons! Bon sang mais c’est bien sûr ! c’que vous êtes fort, commissaire ! c’est le Gérard ! Le  Cartier ! Un poète qui a du métier !   (Bon, Brun l’ours j’aurais aussi aimé mais je vous l’assure, vous ne perdrez rien à la métamorphose !   Venez, venez  rencontrer                Cartier    Gérard, ce sera singulier !)

Émeline Houël: Po(ï)étiques du vivant

Je suis très heureux d’accueillir le texte ci-dessous, qui  s’origine dans la deuxième partie des notes de préparation de la rencontre avec Émeline Houël,  le 27 septembre 2025 à la médiathèque Verlaine de Metz. Comme la première partie, elles ont été enrichies a posteriori pour cette publication : références, lectures, inspirations, évènements, citations ou extraits de poèmes inédits, compléments suite aux échanges tenus lors de la rencontre. Il faut insister sur cet aspect: Émeline ouvre vers de nombreuses pistes, dans lesquelles s’engager avec la joie qu’elle invoque! Joie communicative dont je laisse la lectrice, le lecteur, s’imprégner.                                                                                             Vincent Wahl Po(ï)étiques du vivant Émeline Houël, 4 février 2026   La première partie de cet article raconte comment la porosité s’est faite entre ma pratique professionnelle et ma pratique artistique, comment la poésie s’est petit à petit frayé un chemin au sein de mon univers scientifique, par petites touches. Mes affinités, mon goût pour une certaine façon d’habiter le monde – les forêts, les sources vives, la pulsation du vivant – constituent aussi une trame intime, souterraine, entre ces pratiques.  Hanna Ancé, 27/09/25, croquis pris sur le vif au cours de la rencontre   Alors j’essaie de relier ces trois modalités, de faire communiquer l’appréhension sensorielle de la nature, l’écriture, et mes recherches. De revenir à l’esthétique, en « [entendant] dans le mot esthétique son ancien sens de capacité à « percevoir » et à être « concerné », autrement dit, une capacité à se rendre soi-même sensible qui précède toute distinction entre les instruments de la science, de la politique, de l’art »[1].  Percevoir, être concerné, faire : croiser, poétique et poïétique[2]. Mais ce croisement n’est pas sans conséquences, il ouvre un questionnement. Le poème est le fruit d’une écoute du monde vivant mais aussi, en retour, de la manière dont je cherche à y être présente. Mon métier et ma réflexion scientifique sont un autre mode de présence au monde, y compris dans ses dimensions techniques. Comment interagissent ces deux présences, ces deux écoutes ? Restent alors à explorer les relations entre écriture littéraire et science, qui peuvent paraitre contre-intuitives, mais au-delà, sans doute porteuses de potentiels. Relations sur lesquelles une réflexion se construit peu à peu, ce qui fournit la matière de la deuxième partie de l’article. Mais ce n’est que le début du chemin… xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Poésie & science : des mouvements créatifs pour appréhender le monde xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Scientifique de profession, je m’essaye à inclure l’approche poétique dans le cadre professionnel. L’objectif de cette démarche serait encore à affiner… Pour le plaisir du poème, au moins, sans doute – nécessaire, mais pas suffisant. Pour toucher aussi, pour surprendre, porter à l’attention. Étudiant les paysages chimiques dans l’environnement, je cherche à savoir comment varie la composition du sol forestier en fonction de paramètres environnementaux liés aux caractéristiques de la forêt, ou dit autrement, comment la terre a commencé à recueillir nos histoires / dans les arbres et sous la couche d’humus[3]. Arpentant la réserve naturelle nationale de la forêt de la Massane pour collecter ces échantillons de terre, je décris mon protocole de terrain à travers les mots de Joséphine Bacon : Je grimpe la montagne / Au sommet / Une terre / Le Nord, l’Est, le Sud et l’Ouest[4]. sur lesquels je renchéris: Je compte [mes] pas pour au cœur du sol / Révéler les traces. Et j’emprunte à Laetitia Gaudefroy Colombot sa poésie organique pour décrire les paysage[s] d’estampe / arbres sculpté du temps / racines, rudesse des vents[5]  que j’étudie : variations de faciès forestier, spécificités des différents espaces de la réserve, présence de hêtres pluricentenaires, mémoire de la vie de cette forêt[6]. En attendant le retour au laboratoire. Là, une approche sensible pourrait s’avérer particulièrement pertinente dans le cadre de l’étude de l’infiniment petit – pour donner à voir ce qui n’est pas directement perceptible, donner corps à l’invisible. Nous outiller par les mots et l’imaginaire. Mais pourquoi donner corps ? Pour apporter un autre regard, complémentaire. Pour représenter. Pour traduire – traduire les perceptions, les questions, les données, les processus. Pour creuser. Pour confronter, et faire émerger ensuite de nouvelles questions, de nouvelles images, de nouvelles métaphores. Parce que pour dire les phénomènes chimiques à l’œuvre dans l’arbre, les transformations, la mise en place de molécules de défense dans les différents tissus du bois, pour raconter comment les progrès méthodologiques en chimie analytique et en imagerie permettent de visualiser et suivre ces mécanismes, la poésie peut trouver toute sa place. Ainsi résonnent comme un écho les mots de Marylise Leroux dans son recueil Nés arbres : Cet autre / a mangé la lumière / l’a infiltrée digérée / dans chacune / de ses cellules / Et le voici / dans le petit jour / porteur de quelque chose / qui se voit[7]. Peut-être par là un chemin différent, un chemin de traverse pour transmettre des connaissances auprès des étudiantes et étudiants, des pairs. Transmettre, et dialoguer, recréer du lien – accueillir aussi les perceptions, les intuitions, les paroles dans leur diversité, pour nourrir la réflexion scientifique, nourrir dans les deux sens le processus créatif. Interroger ce double mouvement – encore ici peut-être le lieu de l’oscillation constante[8] : la science comme ouverture vers l’art, l’art comme ouverture vers la science. xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx La poésie dans l’espace scientifique ? xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Si l’écriture poétique peut être une pratique, qui, en mobilisant l’intime, le sensible, permet une appropriation plus profonde, plus durable, des connaissances, des discours, des expériences, et aussi une pratique de perception, de reconnexion, d’expérience du monde, alors doit-elle être cependant parfois mise de côté ? L’espace scientifique est-il un domaine réservé à la rationalité seule ? Ou bien la poésie creuse-t-elle (plus ou moins) discrètement son chemin dans les divers aspects de l’existence ? La question se pose de savoir si l’on s’autorise

Nos contre-ritournelles (Festiwahl26: vœux de saison)

C’est quoi, ce cirque ? ! Au cours de 2025, le « spectacle » cher aux dirigeant autoritaires de la planète, mais aussi aux grandes multinationales du « numérique », s’est déchaîné. Au point de faire parfois oublier qu’outre sa fonction de masquage de la réalité, notamment de rapports de force lourds, déséquilibrés, persécuteurs, au service d’une fuite en avant dans l’extractivisme et l’économie du superflu,  ce spectacle était aussi celui des souffrances infligées et du sang versé « en direct » et que cela semble s’intensifier. Sur ce sujet, on peut écouter la « chronique du Grand Continent » dans la matinale de France culture du vendredi 9 janvier.  En 2025, on fêtait le centenaire de la naissance de Gilles Deleuze : riche année de retour sur la production écrite et orale de ce philosophe, pour moi, année d’initiation. C’est ainsi que j’ai découvert, notamment, le livre coécrit par  Deleuze et Guattari, « Mille plateaux », d’abord dans une mémorable série d’émissions de France Culture, (dont celle qui concernait la Ritournelle) avant de me faire offrir le bouquin et le lire à petites doses, comme un bon armagnac. La ritournelle, ces « tralalas » qui protègent, au sens où ils nous permettraient, par exemple, de résister au sentiment de perte, de chaos, et peut-être aussi face au « Spectacle » ? Voici ce qui inspire notamment mon « Festiwahl 26 », que voici, avec tous mes vœux de bonne année ! ( J’ ai offert un poème de nouvel-an, en janvier de chaque année, depuis 2009 ! Vous pouvez dans ce même blog retrouver le Festiwahl 25, ainsi que  ma chronique sur l’espérance de fin 2024. Vous trouverez aussi un florilège de quelques-uns de ces vœux espiègles,  ici) Deux mille millions de ritournelles pour Vingt-six  2026 pour prolonger le délire, si tard   déjà                         cithare d’à vingt-six cordes                                (l’année sera donc thriller ésotérique) Elle sera! elle sera! 2026 : deux fois 1013 nombre premier, année rhizomiale, En 2026              la logique rhizomatique   et celle des zygomatiques             si ne divergent pas convergeront   En 1013 année discrète, l’important  s’est passé à l’abri des regards… (Hormis peut-être de l’Angleterre la conquête,  par Sven barbe-fourchue, roi danois (qui pas longtemps n’en profita)! Petit Donald en voudrait-il encore à celui-là ?) Debord : Je préfère rester dans l’ombre, avec ces foules, plutôt que de consentir à les haranguer dans l’éclairage artificiel que manipulent leurs hypnotiseurs. [i]  car   Tout se fait en plein jour on n’ y voit que du feu   Fumée de fumée[ii]           la brume des sondages          sur ce que nous           voulons vraiment,          nous enveloppe nos  vœux de bonne année, dans leur simplicité           ritournelle        la lestent un peu   Fumée de fumée          smog d’encens, de  cris légers, de signes…  ritournelle de ritournelles : la galette (bien faite) les crêpes et les beignets, les œufs de Pâques, les  araignées Laribono d’Halloween                    Blackie Friday et ses croquettes et le calendrier de l’Avent – en chocolat – la bûche force tranquille Dubon  dubon dubonnet la gourmandise est un vilain défaut la roue  des douceurs accélère quand trois poules vont au champ ramenant les desserts provençaux   (ils sont treize ! en vingt-six :  pourrai-je me servir deux fois   de chacun d’eux ? ) Neige neige blanche voir enfin  la France            en grand mais pas les pruneaux try Jaja//nuary         dry January        à boire  au tonneau tombe sur ma manche make America Gaga vers l’infini et au-delà sanglots (pas longs ni monotones) de la  cithare   Tout doux, les bœufs, swing low, sweet chariot de Dagobert … Majesté pas rasée,              ou par hasard Roi bon dit-on. Il a bon goût, l’agneau français, il a bon dos, le cabillaud… Et Radio-Paris ment le petit Vladimir est attendu par ses parents le travail n’attend pas plaisir d’amour ne dure qu’un instant je sais ce qu’il faut faire je fais tout le contraire elles sont exquises ces cerises ! on attendra Godot sous le réverbère  car                  il y fait plus clair (De tout ce bonheur,  mais qu’allons-nous faire  ?[iii] ) chagrin d’amour dure toute la vie …   Tout se fait en plein jour on n’ y voit que du feu et voici l’équivoque :  brume spirale des mots nous encapsule au milieu du chaos protège (un peu)  nos neurones       du simulacre cru de notre noire bile d’impuissance   Le petit Donald est attendu à la station de pompage les petits Javier et Elon sont attendus à la quincaillerie (est-ce la mort du p’tit Téfal ?) le petit Nicolas Dantès-Dreyfus-Latude, dit Masque-de-Fer est attendu au parloir le petit Emmanuel est attendu sur le mirador le petit Vincent B est attendu au kiosque 26 le petit Vladimir, le petit Narendra, le petit Jinping, la petite Georgia, le petit Bruno R,  la petite Marine L, le petit Jay-Di V., le petit Jordan B. etc… sont attendus, dans la tourelle du tank, dans la salle des coffres dans le jardin d’hiver au point de non-retour sur le palier des ascenseurs dans le fauteuil du coiffeur chez le marchand de glace au cabinet de décuriosité Onze, douze, treize, Marie-Thérèse où allez-vous ?[iv]   C’est quoi, ce cirque ? Et que font-ils, à la station de pompage, à la quincaillerie, au parloir, sur le mirador au kiosque 26, dans la tourelle du tank, dans la salle des coffres, dans le jardin d’hiver, au point de non-retour, sur le palier des ascenseurs, dans le fauteuil du coiffeur, chez le marchand de glace au cabinet de décuriosité?   Ne me dis  pas  qu’ils y complotent avec leurs potes ? (Houlà, j’aurais dit ça, moi ?) Et  comment le complot, est-il soluble dans la fanfare ? (il y a plus de 26 couches,                 répondras-tu   à la réalité           sociale)   Debord : le spectacle se soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis[v]   (Regarde de tous tes yeux, regarde ![vi] Tout se fait en plein jour,      on n’y voit que du feu)   Le petit Donald est attendu à la station de pompage Il a choisi : à tant qu’à feindre          acheter   la paix sociale               autant y employer    les ressources des autres (le  temps béni des colonies               n’est pas fini) Le multilatéralisme c’est fini                place entière aux  zones d’influence      

Émeline Houël: Le poème, comme il vient

Le texte suivant est issu des notes de préparation de la rencontre du 27 septembre 2025 à la médiathèque Verlaine de Metz, à l’invitation de Vincent Wahl et Alain Helissen, de l’association Partage Poésie. Ces notes, réfléchies au regard de l’introduction préparée par Vincent Wahl, ont été enrichies a posteriori pour cette publication : références, lectures, inspirations, évènements, citations ou extraits de poèmes inédits, compléments suite aux échanges tenus lors de la rencontre. Ce texte salue également celles et ceux qui contribuent à faire naitre et vivre ces poèmes… Toute ma gratitude également l’équipe de la médiathèque, notamment Audrey Schillaci pour son accueil si chaleureux.. Émeline Houël, 31 décembre 2025 Hanna Ancé, 27/09/25, croquis pris sur le vif Comment la poésie ? Écrire, c’est d’abord lire. Se nourrir d’une infinité de voix, d’une infinité d’histoires singulières, d’une infinité de rythmes, de cultures, de rêves. Les laisser entrer à l’intérieur de soi, les laisser mûrir en confidence / En sourdine en calme / Secret. Les laisser sédimenter, fossiliser. Construire un sol. Pour pouvoir retrouver plus tard dans ce sol des trésors d’ambre clair parmi les ombres écloses. Des mots cachés. Et un jour les poèmes arrivent. Arrivent sans prévenir, arrivent comme une respiration – naturels, instinctifs, nécessaires. Les mots arrivent comme des oiseaux migrateurs. Ils nidifient, les poèmes éclosent. Les poèmes : vus peut-être aussi comme des végétaux en croissance. Des graines de mots, tombées sur le terreau de l’existence, l’humus fertile formé par les lectures, les rencontres, les expériences, les sensations, et puis tout cela qui composte, et crée les conditions favorables pour qu’un jour germent les poèmes, pour révéler dans un bourgeon / une corolle / les anciens secrets semés. Écrire c’est d’abord entendre – le chant d’un instant, d’un lieu, d’une émotion. Se rendre disponible : garder la peau l’œil et le cœur éveillés / attentifs aux détails et au sens du courant. Les mots passent comme un parfum dans l’air. Il faut les saisir au vol, les écouter de l’intérieur.   Refuges et fragments de marche (extrait) Je nicherai en bonne entente Avec le vent – il soufflera dans mes cheveux A travers mes doigts des mots frais Voyageurs et chantants Pour de nouveaux poèmes Hanna Ancé 27/09/25 Croquis pris sur le vif   Une phrase qui se construit, des sons, des rythmes. Dessiller les yeux et l’esprit, l’oreille, et ensuite la main[1]. A l’origine des poèmes, des instantanés, des spontanéités. Des photographies sensibles. Ensuite il faudra tisser le chant / Le fil d’une phrase qui soyeusement s’étire. Trouver au-delà des mots la fluidité. Et de là le poème. Comme pour la migration, la germination – reconnaître aussi dans la pensée de l’écriture quelque chose d’une condition de survie. Parce qu’on ne peut que cela. Ne pouvoir donner / Que chair et âme / Orage feu cendres soyeuses / Aube et crépuscule. Écrire comme une impérieuse nécessité. Une impérieuse et sauvage nécessité. Enfin ! Que vienne le poème / Laisser couler la folie / Douce dans les veines. Le sauvage – comme une résonance aussi, où l’on peut entendre la wilderness de la nature sauvage, mais aussi la wilderness de l’écrivain.e : But Light a newer Wilderness / My Wilderness has made[2]. Alors intervient peut-être là aussi une forme de beauté, vitale : naturelle, instinctive, nécessaire, plus qu’esthétique – dans un premier temps au moins : […] les plantes et moi nous sommes levées […] dans un même élan vers le soleil qui jaillissait en face, et j’ai pensé, peut-être qu’on écrit des livres […] pour cet état d’éternel printemps[3]. Écrire c’est un mouvement : A l’extérieur c’est la peau / A l’intérieur – un élan. Une impérieuse, une joyeuse, nécessité. Enluminament Le poème est aussi peut-être une lisière, une frontière, telle que l’endroit où les mondes se touchent inlassablement […] le lieu de l’oscillation constante : d’un espace à l’autre, d’une sensibilité à l’autre, d’une vision du monde à l’autre[4]. Le poème comme lieu de perméabilité, de porosité. Porosité entre soi et le monde, les mondes, porosité entre soi et les autres. La peau comme une frontière pour être exactement / A la forme du monde. Le poème comme un nouveau territoire, un lieu de rencontre. Un espace de liens. Une altérité. Parmi les lectures de cette rencontre, des poèmes publiés en revues[5], et qui composent un recueil en gestation : Enluminament – l’illumination. Cette lumière me nourrit.  A la source : les premiers poèmes comme des surgissements, et la reconnaissance, l’acceptation – l’autorisation, presque – de l’écriture. A la source, les premiers poèmes, révélés, et l’envie de raconter des histoires par des mouvements créatifs complémentaires. Faire dialoguer différents moyens d’expression artistique, différents langages, pour éveiller les sens et l’imagination[6]. Et ensuite, l’écriture, encore. Au cœur de ces échanges également : le rêve, la transfiguration, des rivières d’Amérique du Nord qui deviennent mangroves d’Amérique du Sud, des forêts des Vosges qui se lisent sous les neiges québécoises. Les poèmes s’échappent : après les oiseaux migrateurs, les chevaux sauvages ?   Mustang (extrait) Et imprévue la rivière Interrompt le paysage L’horizon ample   s’épanche La plaine               s’ouvre  Immense L’eau s’étale, sauvage et calme Imperturbable – et Là est son domaine Elle murmure une histoire ancienne – et profonde Berges et flots mêlés Et les oiseaux aux pattes plantées dans la vase Et les arbres aux racines plongées dans le courant Chantent, et transmettent, branche à branche Plume à plume Son récit et son âme – magicienne Au flux immuable – Présente et forte Comment faire vivre un poème ? En l’offrant à d’autres regards. Ce qui est beau dans l’écriture, c’est le don. Écrire pour donner à la lecture, à l’écoute, à l’interprétation, à l’appropriation. Laisser le poème vivre sa vie propre, devenir autre. Devenir, entre les mains, sous les yeux, dans les oreilles, une nouvelle histoire singulière, mille nouvelles histoires singulières.   La conteuse Comment faire naître un poème ? En écoutant les anciennes sagesses, en écoutant des histoires. En se laissant prendre au jeu, un jeu d’enfant plus sérieux qu’il n’y parait. En échangeant, encore. A la source du poème, des

Émeline Houël, une forêt de poèmes

 Samedi en poésie du 27 septembre 2025, organisé par la Médiathèque Verlaine et l’Association Partage-Poésie Alain Helissen, Vincent Wahl et l’équipe de la médiathèque Verlaine accueillaient Emeline Houël, dans le cadre des Samedi en poésie, rencontres périodiques avec des poètes contemporains.  Hanna Ancé, 27/09/26, croquis sur le vif, en cours de séance Émeline inaugurait une nouvelle formule des Samedi en poésie, dans laquelle l’invitée est une poétesse, un poète, publié(e) pour la première fois. Il s’agit en l’occurrence du recueil Cheminer sur la terre, paru en 2024 aux éditions Henry, comme lauréat du Prix des Trouvères des lycéens. Cette parution a été précédée de publications en revue, et d’œuvres en dialogues avec des artistes. Émeline Houël a bien voulu confier à ce blog les notes de sa présentation, retravaillées, enrichies de références et de liens qui ouvrent largement sur ces échanges. On pourra ainsi lire l’introduction qu’elle fait elle-même à sa poésie, dans l’article suivant. En préparant, avec elle, la rencontre, en lisant ses textes, et en l’écoutant lors de la séance du 27 septembre, j’ai été frappé par l’empreinte de ses lieux, de ses forêts, sur la vision du monde, dont son écriture découle. Il faut donc évoquer ses terrains : les Pyrénées-Orientales, où elle vit maintenant, et l’extraordinaire forêt ancienne de la Massane ; la Guyane, où elle a passé 18 années, ses fleuves, sa forêt amazonienne, les forêts vosgiennes de son enfance, et la forêt boréale à laquelle des voyages la relient. Hanna Ancé, 27/09/25 croquis sur le vif Ce tour de propriétaire renvoie à sa profession : Émeline est ingénieure de recherche, spécialisée en chimie de l’environnement. Ce qui l’intéresse, m’a-t-elle raconté, c’est par exemple, d’essayer de comprendre comment la chimie des tissus d’un arbre va varier en fonction de l’histoire de ce même arbre, ou comment le paysage chimique du sol change en fonction des caractéristiques de la forêt. C’est donc une chimiste en dialogue, avec les gestionnaires et les prospecteurs de la forêt, capables de lui raconter son histoire, avec des arboristes-grimpeurs[1] qui lui décrivent sa morphologie, d’étage en étage. En dialogue aussi avec des biologistes, des écologues, des ethnobotanistes, au sein de ces projets pluridisciplinaires qu’exige l’étude des milieux naturels. Indisciplinaire aussi, quand elle se rend en forêt pour juste y être, y randonner, par besoin de respirer… jusqu’à parachever la transformation. Et un jour, peut-être, mieux qu’elle aussi grimpeuse d’arbres, activité qu’elle pratique déjà dans le cadre professionnel, devenir, sans autre intention, liane grimpante? Émeline est aussi une scientifique en dialogue avec les arts, une artiste en dialogue avec la science, avec d’autres artistes, souvent scientifiques elles, ou eux-mêmes. Elle s’éprouve enfin particulièrement concernée par la tâche de transmettre la science au public, lui permettre de s’approprier ses résultats, bien sûr, mais aussi se figurer son travail quotidien, jusqu’au vocabulaire spécialisé, pas si abscons, pas si dénué de poésie. Émeline a donc entrepris d’expérimenter quelle puissance d’expression, de facilitation pourrait avoir la poésie dans ce partage. Car poésie et recherche scientifique cheminent ensemble. On attendrait peut-être ici le lieu commun des « deux jambes », qui permettent la progression ! Mais c’est la métaphore du quadrumane, ou même d’un être pourvu d’encore davantage de pieds, de mains, d’organes de perception, etc. qui me vient à l’esprit. Lorsqu’on l’interroge sur la manière dont elle a commencé à écrire, on le lira dans l’article suivant, Émeline parle d’abord de sa pratique compulsive de la lecture, de son goût pour les contes, les écouter, les raconter à son tour… et un jour, dit-elle, les poèmes sont arrivés. Comme des animaux migrateurs, peut-être…  Des poèmes comme des instantanés d’émotion, dit-elle, venus sans projet ni organisation. Comment vit-on avec cela, et comment les pièces du puzzle (c’est son image à elle) finissent elles par s’imbriquer ?  A lire Cheminer sur la terre, j’ai eu une impression de grande fluidité, de simplicité. Une poésie de la perception, de l’émerveillement, mais dans laquelle apparaissent très souvent des notions de reprise, de retour, de retrouvailles, mais aussi d’allégement, d’éclosion … Dans un frémissement (dit-elle) se sentir accueilli/retrouver une âme) Et aussi J’ai mon couteau, et de quoi garder la mémoire des instants Ou encore cette invitation à  retrouver (notre) corps animal, invitation à l’écoute, à l’attention, à la relation. Je vous laisse la lire, je ne doute pas que vous soyez touchés. Dans l’article suivant elle nous conte son entrée dans l’écriture, comment le poème est venu. Dans un article  à paraitre sur ce même blog dans les semaines suivantes, elle expliquera comment elle vit, en elle-même, et avec ses partenaires, artistes, scientifiques, public des actions de médiation scientifique,  les interactions  entre l’attention au vivant, la science, et la poésie, les synergies entre le sensible et l’analytique.     Vincent Wahl     [1] Pour un éclairage sur cette activité, on pourra consulter les articles correspondant aux liens suivants : https://www.valentine-arboriste.com/grimpe-scientifique https://www.petzl.com/FR/fr/Professionnel/Actu/2023-7-9/EnQuete-d-Arbres—former-des-scientifiques-au-Congo

De la Bible au Poème – anthologie de la poésie biblique francophone

Notre époque s’est éloignée des grands récits et ne pensera pas spontanément à la Bible comme à une source majeure d’inspiration pour écrivains et penseurs de tout poil. Pourtant, la référence aux textes bibliques est bien un des courants souterrains qui nous irrigue , c’est ce qu’illustre l’anthologie composée par le pasteur Philippe François (De la Bible au poème, Editions Labor&Fides, Genève, Octobre 2025, 480 pages).  J’ai la chance d’y compter deux de mes propres poèmes, et un de ceux de ma mère,  ce qui m’a incité à l’acheter à parution. J’aurais pu me contenter de ce geste narcissique, qu’on veuille bien me le pardonner, mais depuis, je musarde avec  plaisir et curiosité dans cette étonnante caverne d’Ali Baba.   Selon la présentation de l’éditeur, l’anthologie rassemble des autrices et des auteurs au-delà du prisme de la confession, dans une hétéroclicité de voix, des plus contemporaines (Sylvie Germain, MC Solaar) aux plus anciennes (Clément Marot), des plus pieuses (Paul Claudel) aux plus insolentes (Charles Baudelaire). C’est précisément cette diversité de ressources qui me fascine. Amateur, moi-même, du texte biblique, ce ne sont pas vraiment les paraphrases ou les échos directs que je viens y chercher. Mais j’y ai trouvé  des pièces étonnantes, provenant souvent d’auteurs qu’on ne s’attend pas à trouver là. C’est le cas de Guy Goffette, parlant de la pomme d’Eve et d’Adam, qui continue à rouler son petit bonhomme de chemin après la chute (p 54). Ou, extraite du roman La Disparition, de Georges Perec une réécriture  du Booz endormi d’Hugo, devenu Booz Assoupi, les deux textes figurant en vis-à-vis ( pp 132 à 139) ou encore, pêle-mêle, des appropriations de psaumes par Jean Jaurès (p 162), Jules Verne (p 163) et  Benjamin Fondane, lequel rebondit magnifiquement sur le psaume 137, pour son Mal des fantômes. Début du Psaume 137 : Sur les bords des fleuves de Babylone, Nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion. Aux saules de la contrée Nous avions suspendu nos harpes… on se souvient du magnifique spiritual qui reprend ces paroles. Sous la plume de Fondane, cela devient Quelle musique peut guérir/ le cœur captif, le mal de ce fantôme/las de toujours renaître, pour périr ? On y trouvera aussi (je suis loin d’avoir fait le tour) une élégie pour la reine de Saba (p 216), qui est aussi un écho au Cantique des cantiques par Léopold Sedar Senghor, un conte d’Edmond Rostand, à contextualiser, sur le roi mage Balthazar qui retrouve l’étoile de la nativité au fond du seau servant à abreuver les chameaux, ou une sentence définitive de René Char (à contextualiser également) : l’adoration des bergers n’est plus utile à la planète. On y rencontrera une parodie métropolitaine du Notre Père par Hervé Le Tellier, ou, sur le même thème, une complainte de Jules Laforgue. On y retrouvera avec joie le très grand et trop méconnu poète Jean-Paul de Dadelsen, comme aussi Cendrars, Gainsbourg, Desnos, bien d’autres encore. Philippe François explique son projet comme le couplage d’une anthologie et d’une contre-anthologie, qui fait cohabiter des textes connus et des textes rares, lyriques et minimalistes, issus d’auteurs importants (… ) ou méconnus ou aux frontières du genre poétiques, certains croyants, d’autres agnostiques, ou parfois carrément hostiles. (Introduction à De la Bible au poème, p 24) Philippe François est de ce point de vue, un récidiviste ; il a déjà signé aux mêmes éditions Labor & Fides une Anthologie protestante de la poésie française, dans laquelle  il s’agissait, non pas de construire une anthologie de la poésie protestante française, mais à collecter des textes (…)  d’auteurs certes d’origine protestante (…) mais aussi de poètes résolument anti-protestants (…) ou encore d’auteurs ayant écrit sur l’origine du protestantisme (p. 17). Frédéric Boyer, auteur de la préface, insiste sur la nécessité d’une réinterprétation toujours à reprendre des textes biblique, et note : Chaque poète ici, dans cette anthologie, témoigne de l’appel à dire les Ecritures dans son existence et sa parole – appel sans lequel la lettre tue, parce que la lettre meurt si elle n’est pas entendue comme poème neuf, y compris dans la paraphrase, la glose, le détournement ou la dérision parfois. Si j’ai pu contribuer un petit peu à cela, j’en suis heureux. Mais ce que je sais, c’est que les textes bibliques m’imprègnent, chuchotent en moi. Essayant de répondre à la sollicitation de Philippe François, j’ai pris conscience de la récurrence des allusions ou citations, souvent très courtes, mais essentielles,  de la fréquence des rebonds qu’elles me permettent. Ce site étant dédié à la présentation de mon travail, j’ose proposer ici une partie de la compilation que j’avais faite alors. Elle témoigne de ces résurgences, et dit mon attachement.

30 septembre 2025 –  Solidarité avec Gaza

Avec de nombreux autres poètes, éditeurs, traducteurs , j ’ai signé, et ici, je relaie une tribune, intitulée  Gaza nous sommes solidaires Vers la tribune dans la revue en ligne Diakritik Je l’ai fait, car profondément touché, blessé, en colère, par le sort fait aux palestiniens, individuellement et en tant que peuple, surtout à Gaza, mais aussi de plus en plus en Cisjordanie. Ce sort est  insupportable, bafoue toute idée de justice, un des fondements de  l’humanité. Je n’oublie pas cependant d’être prudent vis-à-vis de positions générales qui se multiplient, d’explications simplistes, et je refuse le  « campisme », à la suite du tract Gallimard publié par Eva Illouz sur le 8 novembre,  dont on trouvera  ici  une courte recension de Benoit Recco. Avec Eva Illouz, je suis convaincu que « […] nous avons besoin d’une attitude analytique et d’une fraternité ample » Surtout, je suis et reste convaincu que choisir la  solidarité  avec le peuple palestinien attaqué dans ses vies et les fondements de son vivre ensemble, c’est répondre aux valeurs portées pendant des millénaires par les juifs, dans leurs identités et contextes multiples, et qui sont actuellement trahies par une logique étatique exacerbée, et un gouvernement d’extrême droite sans scrupules.  Je crois que tout ce que le judaïsme a porté et porte encore, un humanisme créateur, une culture foisonnante, une religion d’amour, est  profondément du côté de l’empathie avec ceux qui souffrent, et du côté de la justice.  En Israël même, de nombreux opposants et objecteurs de conscience à la politique de violence et de domination en témoignent au quotidien. Dimanche 28 septembre, j’écoutais sur France-Culture l’émission  Talmudiques qui, pour les fêtes de la nouvelle année juive, donnait la parole au rabbin Delphine Horvilleur. Je retrouve dans son message, basé sur une exégèse biblique passionnante, l’expression de ces valeurs universelles, et bien plus encore . Il s’agit notamment du conflit entre les deux femmes d’Abraham, Sarah, mère d’Isaac,  « la légitime » et Agar, mère d’Ismaël, « l’étrangère », qui fait ressortir à quel point cette tension est au cœur de l’expérience, de la fécondité juive. Pour écouter Talmudiques du 28 septembre 2025 avec Delphine Horvilleur   Delphine Horvilleur rappelle aussi l’importance de la parole prophétique, qui associe critique et consolation. Elle explique que le prophète est l’inverse de la pierre, au sens notamment des cœurs de pierre, solidifiés par leur certitude, et que la parole prophétique doit casser,  dépétrifier, pour y remettre de la vie et du souffle …

13 septembre 2025 –  Post scriptum à La Dette, la mémoire, le Sacrifice

Le Forum de Regards protestants relaie un passionnant ITW de l’économiste Jean Pisani-Ferry: De quoi est-ce la fin ? publié le 9 septembre sur le site du « Grand continent » C’est dans la même de ses riches sélections hebdomadaires, qu’ il annonce la publication  sur son site de mon article du 7 septembre  La Dette, la mémoire, le sacrifice, et je suis heureux de la coincidence ! Jean Pisani-Ferry, longtemps soutien d’Emmanuel Macron, ne peut être soupçonné d’être un agitateur d’extrême gauche. Voici cependant ce qu’il écrit : Il ne suffit pas d’identifier des gains et de supposer qu’ils seront redistribués. Ce qu’il faut, c’est apprécier, politique par politique, quels sont les gagnants et les perdants et déterminer concrètement par quels outils, fiscaux, budgétaires, ou industriels, les gains seront transférés des premiers aux seconds. C’est le seul moyen d’éviter que ceux qui se savent perdants bloquent des mutations collectivement indispensables.  De surcroît, le trait marquant des mutations actuelles est que contrairement à celles des trois dernières décennies, elles ne nous promettent pas de gains collectifs. Nous faisons face à une série de jeux à somme nulle ou même négative. (…)  C’est pourquoi l’équité doit être au premier rang des priorités de l’action publique. Qu’il s’agisse d’ouverture économique, de réformes européennes ou de transition écologique, ma conviction est que les transformations ne se font pas si l’équité n’en est pas une composante première. C’est vrai en matière de répartition des gains. Cela l’est plus encore en matière de partage des sacrifices. Pour retrouver  l’intégralité de l’ entretien avec Jean Pisani-Ferry  L’équité, non pas abordée par le côté de l’éthique, mais par l’efficacité.. C’est aussi, à propos des luttes pour le climat,  le propos du philosophe Pierre Charbonnier: Ecouter Pierre Charbonnier, l’invité des Matins de France-Cuture du mardi 23 septembre 2025 L’enjeu central, dit il,  réside dans la capacité à faire « sortir de la dépendance fossile des gens pour qui cette dépendance est réelle, pas idéologique : se chauffer, se déplacer, manger ». Comment, dès lors, organiser une « coalition climat », portée par « un groupe social pivot qui va être à la fois au cœur de la démocratie, de la stabilité et le vecteur de la décarbonation« ? On n’a pas fini d’en parler!

 7 septembre 2025 –  La Dette, la mémoire, le Sacrifice

Quoi qu’il arrive le 8 septembre, il serait bon de nous souvenir des jours précédents, quand  la rhétorique du Sieur Bayrou, Premier ministre de la France mobilisait ensemble  Dette et  Sacrifice! Devant cela, dérouler les volutes des mille et un retours de la Dette, comme récit anxiogène, puissant dissolvant du contrat social. Sacrifice … A peine nommé Premier ministre,  François Bayrou faisait savoir que la réduction de la dette nationale ferait partie de ses premières priorités. Huit mois après, ayant présenté un plan « d’économies » sans précédent, après avoir aussi montré par ses actes ou par ses omissions qu’il était peu sensible aux enjeux sociaux, et encore moins écologiques, il  dramatise l’enjeu des déficits publics et de la dette, dans une démarche  quasi sacrificielle qui pourrait déboucher sur la chute annoncée du gouvernement, le 8 septembre. Après moi, le déluge, dit Bayrou. Non pour signifier qu’il s’en fiche… mais que si son avertissement sur la dette n’est pas entendu, il se lave les mains du reste. Rien d’autre n’est grave, rien ne sera plus grave … A vous, mauvaise troupe, de vous mettre en route, buter sur les pierres aigues du chemin, vous repentir… ça tourne en rond … Depuis plus de trente ans, les déficits et la dette qui contribue  tant bien que mal à les combler, reviennent périodiquement sur le devant de la scène. Quoi d’étonnant ? La mondialisation financière et économique exerce une pression toujours plus forte sur les politiques publiques, notamment sociales et écologiques. La mutualisation par l’impôt qui l’a longtemps financée  est en ligne de mire. On baisse les impôts, on soutient les entreprises pour essayer de résister au dumping social et écologique de la mondialisation … on s’endette. Mais pour pouvoir s’endetter il faut donner des gages aux marchés des capitaux, et aux agences de notation qui sont, en quelque sorte, leurs porte-paroles, et qui veulent qu’on rabote les politiques sociales … La question de diminuer la dette fait partie de cette boucle récursive: il s’agit d’avoir moins d’emprunts en cours pour mieux et davantage emprunter… Il faut noter au passage que les catégories sociales qui bénéficient le plus des réductions d’impôt sont aussi celles qui souscrivent aux émissions des dettes publiques… double bénéfice… Que d’histoires … Elle a une longue histoire, la dette, et de nombreux visages. Elle est celle qu’on promeut ou qu’on vilipende.   Elle est un des ressorts les plus puissants pour tenir les individus. Elle est aussi la forme la plus courante, la plus répandue, de la monnaie, ayant supplanté les espèces depuis longtemps. Il y a celle des individus ou des familles, il y a celle des Etats, avec de fausses analogies, toujours actives, entre l’une et l’autre. Un des derniers avatars de celles-ci, ce mot du président Macron, à la une du JDD du 24 août : « Après avoir beaucoup dépensé, il faut économiser » Il y a là un « nous » implicite dans lequel nous sommes tous confondus : en d’autres termes quand « nous » aurons largement soutenu certaines entreprises par des baisses fiscales, de cotisations sociales, etc… ce sera à « nous » de nous serrer la ceinture, « nous »  les chômeurs à travers une indemnisation plus chiche, « nous », les malades en acceptant d’être moins bien soignés ou de payer plus pour les mêmes soins (sommes « nous » tous égaux devant cette perspective ?) , « nous » les infirmières et aides-soignantes, « nous » les médecins, en travaillant encore plus jusqu’au burn-out, « nous » les élèves et professeurs de l’enseignement public,  « nous » les habitants, qui pâtissons  de plus en plus de l’insuffisance des politiques climatiques, etc. Cabotins, baratins, t’en souviens-tu ? C’est là que nous devrions nous souvenir, pour résister. Les arguments, les images changent. ça a été l’appel à se mettre à la place des générations futures. ça a été le rapport Pébereau, en 2005, autre épisode de dramatisation et de culpabilisation. ça a été les portugais, les grecs désespérés jusqu’à l’exil ou au suicide, montrés du doigt, leur pays mis en coupe réglée. Tous ces avatars de la culpabilisation, des appels au courage collectif, etc… correspondent tous à un même ressort :  masquer les déplacements de curseur entre les intérêts des rentiers.. et de tous les autres (à travers le rôle social et écologique de l’Etat, et la place respective, dans son financement, de l’impôt et de l’emprunt), ou pire encore, nier l’existence du curseur … Curseur à ajuster, compromis … impossible ? TINA, me voici, susurre Bayrou sur son bûcher !  There is no alternative alors qu’il avait promis justement, de redonner sa place à la discussion et au compromis (et j’y ai cru un peu avant de voir resurgir le spectre du discours sur la Dette). Nous souvenir de la Dette, opposer à l’aria funeste du sacrifice,  la ritournelle des mille éclats de  ses avatars. Des interprétations, comme, par exemple, celles de  David Graeber – La dette : 5000 ans d’histoire,  de Wilhem Streeck – Du temps acheté, recensé par Nicolas Delalande , de Peter Sloterdijk, de Benjamin Lemoine, et de bien d’autres. Des histoires de ses héros et anti-héros, comme Jean Calvin, Jérôme Kerviel, Michel Pébereau, Paul-Loup Sulitzer, Yanis Varouflakis, lady Maggie Thatcher, les petits dealers de Cleveland, etc… Participer à les sauver tous de l’ oubli. Voilà  l’un des projets de mon livre  Par où Or (ne) ment, sous la forme ludique, poétique, rigoureuse, qui nous donnera des armes, qui nous fera du bien ! Le marc des comptes, l’équilibre du café Car enfin, sérieusement, notre avenir est-il tout entier dans l’équilibre des comptes ? Rappelons « nous », entre autres fantômes : Juin 2024 des émeutes dues à des jeunes, des très jeunes venant des banlieues désolent la France. Nahel a été tué par un policier. La colère des relégués explose. Des écoles, des bibliothèques, fragiles passerelles vers l’inclusion, sont incendiées par les manifestants. Six mois après, le 25 janvier 2024, on annonce la suppression de 5000 emplois d’adultes-relai – nouvel épisode du démantèlement des politiques de