Vincent Wahl - Écrits

Julien Boutonnier au Samedi en poésie de la médiathèque Verlaine (Metz)

Le 24 mai 2025, à la médiathèque Verlaine de Metz, l’équipe de « Samedi en poésie » (Virginie Muller, de la médiathèque, Alain Helissen et Vincent Wahl, complices au sein de  l’association Partage-poésie),  accueillaient Julien Boutonnier (voir sur MissMedia en suivant ce lien).

Julien Boutonnier est l’auteur, en dix ans de publication, d’ une œuvre foisonnante, large et forte. Une poésie d’apparence parfois élégiaque, dialoguante, sensible aux gestes infimes comme aux modulations d’ambiance, aux instants ordinaires.   Mais aussi, une poésie puissante,  reposant sur des dispositifs complexes, bâtisseurs d’une réalité nouvelle, ainsi que des styles diversifiés, savamment agencés, parfois en funambule, survolant l’indicible. De lui,  deux livres étonnants, monumentaux: M.E.R.E. Rêverie Auschwitz, et Les os rêvent , sont parus en 2025 et 2022 aux éditions Dernier télégramme. Ces deux livres ont été précédés par plusieurs autres, devenus malheureusement introuvables.

De l'un à l'autre...

Dans  Les os rêvent, Julien se laisse découvrir comme une sorte de Jules Verne steam-punk de la géographie du langage,  d’Indiana Jones, sans flèches empoisonnées, sans herse, mais non moins labyrinthique, non moins en quête du mystère. A la lecture de M.E.R.E Rêverie-Auschwitz, on prend conscience du fait que Les os rêvent ont joué le rôle d’une forge, où Julien a fabriqué les outils dont il avait besoin.

Dans Rêve fait loi, le texte suivant du  blog, Julien revient aux rapports  de sa poésie avec le deuil et le trauma. Voici quelques autres dimensions de cette poésie, multiforme, par les thèmes abordés, les styles, les ressources graphiques, les architectures variées qu’elle mobilise. C’est aussi une poésie d’allégories, construites pas à pas, avec les matériaux que fournissent l’interprétation des rêves de son auteur. Le rôle essentiel du rêve dans sa démarche, Julien nous en parle dans le texte qui suit, intitulé justement « Rêve fait loi »

On pourrait présenter Julien comme un poète de l’amour, à l’érotisme sensible. Un poète de l’attention aux gestes infimes, à la moindre des attitudes de l’être aimé… Mais les morts, comme des commensaux, ne sont jamais loin.

On pourrait parler enfin d’une poésie du corps, dans son tout et ses morceaux,  ses membres,  ses organes, sa souffrance, sa jouissance, sa peur, son rapport au langage qui « bâtit la peau », aux secrétions, sang, sueur, sperme, salive, lait et  larmes. Julien nous fait voir le corps de l’intérieur : les veines « qui s’envasent », les yeux qui ne voient plus mais sont vus, les orifices, le foie qui filtre des images insoutenables et les fait tomber dans des lignes du récit, la main qui ferme son œil, le visage gazeux, l’autochirurgie, dans Les os rêvent, pour échanger des organes avec les rêves… Des mots du corps, Julien n’a pas peur. C’est parfois un peu cru, ce n’est jamais gratuit.