11 juillet: médiathèque de Borny, paroles

De la médiathèque Jean-Macé, il ne reste plus que les murs Sur les grilles sécurisant (!) le site, dans des pochettes de plastique, des témoignages de voisins, d’habitants du quartier. d’usagers. Beaucoup de dessins d’enfants. La parole est à eux Mots de stupeur Médiathèque, c’était mon enfance,… Pourquoi ??? On a peur Inquiet (Emine 30 (?) ans)   J’ai entendu cette expression un jour : un être qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Je la vois brûler et se consumer sous mes yeux. (anonyme) Arrêtez ! Cette médiathèque était jolie (anonyme) Mots de regrets, de tristesse Borny, ton cœur saigne. Il était un lieu magique, unique, au milieu des livres qui délivrent qui nous transportent vers  d’autres horizons. L’oasis a brûlé. Nous avons besoin de rêver. Il faudra reconstruire et réinventer. (Dominique, 60 ans.) « C’est dommage ce qui se passe. On n’a rien compris, ça choque. Cela fait des années qu’on habite à Borny. On a besoin de notre mairie et de notre médiathèque. On a envie de pleurer. Un chagrin sans limite.  » (Djamila. 62 ans) Mots de prise de distance, d’indignation « C’est inadmissible d’avoir brûlé la médiathèque, la mairie, etc.  à la fois triste et en colère des événements produits les derniers temps ! » (Maman de Berat et Serhat)   « NE TOUCHEZ PAS AUX ECOLES ! PENSEZ A NOS ENFANTS ! » (Anna, 40 ans) « On regrette profondément ceci qui s’est passé les derniers jours. On espère que ça ne se reproduira plus. On regrette tout ce qui a été brûlé et cassé, surtout la bibliothèque et la mairie. On est attristés énormément et nous condamnons fermement. On est avec les marches blanches et manifestations en paix non avec les destructions.  » (Abicha, 32 ans) Mots pour l’Avenir « Beaucoup de regrets pour des bâtiments, mais peu de propositions d’actions pour réanimer le lien social et l’implication des parents dans l’éducation de leurs enfants » (anonyme)   « Tuer, brûler, détruire, c’est facile. Ça va très vite. Mais devenir un homme ou une femme c’est long, ça demande des efforts… Et construire une ville pour tout le monde c’est long aussi. Construisez, ne détruisez pas » (Brigitte) « Et maintenant ? Reconstruire, Rassembler, Essayer d’autres choses, Résister.  » (Marie, 65 ans) A »près la destruction de la médiathèque, je voudrais qu’il se prenne une initiative pour reconstruire une nouvelle médiathèque. Il faut un lieu, une organisation liée à l’organisation municipale. Des dons le livres, de disques… pourraient être faits.  » (Habitant depuis 50 ans. Serge, 71 ans)   « COURAGE ! Rien de mieux que les mots, Ils sont détruits mais toujours vivants. Restons unis. REP NAHEL. » (Randar) « 1993 – 2023 : Médiathèque Jean-Macé de Borny, nos souvenirs partis en fumée. Reconstruction » (Errokbi M.)

2 juillet (continuée le 3) : médiathèque de Borny : Etat néant.

Mystère à Borny. Cocotte-minute à Saint-Florentin (89). En 2018, abandon du plan Borloo. Non pas la guerre de civilisation, mais la cohésion sociale! Et l’éducation populaire dans tout ça? Je suis allé acheter le Républicain lorrain ce matin du dimanche 2 juillet. Une page est consacrée aux exactions à Metz-Borny. Les deux tiers à la destruction complète de la médiathèque Jean-Macé. Un tiers à la mobilisation courageuse des parents et enseignants de l’Ecole Maurice-Barrès, qu’ils ont réussi à sauver de la destruction, en empêchant les émeutiers de pénétrer sur les lieux, mais aussi en mobilisant les élèves, pour qu’ils persuadent frères et cousins d’épargner le site. Cette mobilisation, admirable, démontre à elle seule l’attachement des habitants du quartier à leurs équipements scolaires et culturels. Quelle tristesse que la même chose n’ait pu, n’ait pas eu le temps peut-être de se mettre en place pour la médiathèque. On voudrait un véritable journalisme d’investigations locales. Car sur l’incendie de la médiathèque, les faits sur les circonstances de l’incendie, y compris sur son heure de déclenchement, sont absents du journal. Difficile de comprendre la séquence des événements de Borny. Je supposais dans mon article d’hier que les déprédations qu’avait connues la BAM aurait pu servir d’avertissement. Invérifiable à ce niveau d’information. Les élus de Metz, l’adjoint à la culture qui reprend le classique « ils s’en prennent à leur propre infrastructure », sur lequel je réagissais hier, ou le Maire, qui indique que les pompiers n’ont pu intervenir du fait de tirs de mortier, que les effectifs de la police municipale étaient insuffisants, que la police nationale était « bloquée sur le centre-ville et Woippy (au nord-ouest, alors que Borny est au sud-est de l’agglomération) » renvoient un discours d’impuissance. Le maire parle aussi d’un « irresponsable appel à manifestation des  politiques » place de la République à 20 heures. J’y suis passé, la dimension politique organisée n’était pas bien manifeste … Hier, choqué notamment par le discours du policier avec qui j’avais parlé la veille, et qui s’intéressait surtout  à quelques crieurs de slogans, les prenant à tort ou à raison pour des émeutiers, mais sans autre preuve que le soupçon que ce qui s’était passé ailleurs la nuit précédente pourrait aussi avoir lieu ici, j’ai interrogé l’absence de protection des équipements culturels à Borny. Je ne l’ai pas écrit, mais je pensais très fort à une possible indifférence des policiers pour ces étagères remplies d’un fatras inutile. Je serais plus circonspect aujourd’hui. Avec des éléments aussi lacunaires, comment juger d’éventuelles erreurs d’interprétation, comment étayer l’hypothèse du mépris sans verser dans le pur procès d’intention? Tant de personnes compétentes essaient de trouver des explications à ces émeutes qui ont saisi la France entière. Je me garderai bien d’ajouter mon grain de sel à cette indispensable introspection. Je me contenterai de quelques citations :  cette formulation ramassée d’un habitant de Saint-Florentin, dans l’Yonne, sur laquelle Etienne L. vient d’entendre un reportage, et qu’il a bien voulu partager avec moi : «  Il y avait plusieurs ingrédients dans la marmite : quartiers défavorisés, chômage, racisme, abandon, violences policières… et là, la marmite a explosé.. ». Je connais un peu Saint-Florentin, ainsi que le Weldom qui a flambé. Il est entouré de quartiers populaires. Ils s’en sont visiblement pris à ce qu’ils avaient sous la main. Dans l’agglo de Metz, les transports avaient été arrêtés en fin d’après-midi. Les jeunes des quartiers sont restés sur place, sous cloche. Cocotte-minute…  La réaction d’un journaliste sur France Culture, hier, à propos de la « colère de tous ceux qui en ont assez de payer » pour réparer les dégâts des émeutes. Il serait sans doute intéressant de savoir quelle proportion de ces « braves gens » qui en ont assez de payer, ont approuvé la suppression, en 2018, du plan Borloo pour les banlieues, qu’évoquait le billet politique de Jean Leymarie sur France Culture le matin du 3 juillet. Vers le billet de Jean Leymarie: Viiolences urbaines, sommes nous en guerre civile? Pour lutter contre l’oubli (j’avais moi-même oublié cet épisode de la suppression du plan banlieues, même si j’en avais retenu l’idée générale) je retranscris ce que disait Jean-Louis Borloo en juin 2018, repris dans cette chronique. « Mon sentiment c’est qu’on est en train de remplacer le vieux monde des solidarités par le jeune monde des abandons de ceux qui ont besoin de la solidarité. En d’autres termes, si on parlait cuisine, faut faire attention à ce que notre pays se retrouve pas dans la situation désagréable où le gratin se sépare des nouilles. C’est un problème, d’une monarchie, qui en fait (n’) a plus de moyens, et ce qui me dérange c’est que les quelques moyens qu’elle a, elle a décidé d’arbitrer pour permettre à ceux qui courent le plus vite de courir de plus en plus vite. Cette vision de la société, je la trouve inefficace, dangereuse. » Et le chroniqueur de poursuivre « qu’avons-nous fait depuis pour le vivre ensemble ? » Pour Borny, la perte sera difficile à réparer. La maire de Strasbourg, Jeanne Barsaghian, témoignait au journal de 12h30 sur France-Culture, aujourd’hui, du temps nécessaire pour rééquilibrer la répartition des équipements urbains dans les différents quartiers. Jean Leymarie permet de le rappeller : l’effort pour maintenir, recréer,  un environnement favorable à l’épanouissement de tous ces jeunes, par des travailleurs sociaux, des éducateurs, le soutien aux associations… doit être continu, se déployer sur la durée. Pendant près de vingt ans, professionnellement engagé, à mon petit niveau,  dans le soutien aux zones rurales, en Lorraine puis, à travers le prisme plus restreint, mais incluant aussi les zones urbaines, de la lutte contre la « fracture numérique » dans le Grand-Est, j’ai été témoin des difficultés toujours croissantes de ces associations pour lesquelles le soutien public n’a cessé de décroître. Toujours les premières victimes des règles restrictives (interdiction des aides au fonctionnement, puis des arbitrages plus globaux). J’ai vu la perplexité voire la détresse des responsables de ces associations. L’Education Populaire est l’un des remèdes aux flambées de violence, comme aurait dit …

Nuit du 30 juin  : Metz-Borny, la médiathèque en cendres.

45000 policiers dans les rues de France, aucun pour protéger l’accès à la culture des enfants du quartier défavorisé de Borny? J’écoute les informations de 7 heures sur France Culture. Des affrontements, des destructions dans plusieurs villes. On ne parle pas de Metz. Hier, soir, on m’avait parlé de l’attaque de la Boite à Musique ou BAM, la salle de concert à programmation de musiques actuelles située dans le quartier de Borny, le quartier populaire emblématique de Metz. Je pense aussitôt à la médiathèque Jean-Macé, une des plus belles de Metz, située dans ce quartier sensible. Je sors pour faire le marché et je croise Etienne L., la mine longue comme ça : il m’apprend que Jean Macé  a flambé cette nuit. Il n’en resterait rien. Colère, deuil. J’en parle avec plusieurs paysans ou commerçants du marché. On partage bien sûr : dramatique qu’un tel équipement, situé où il est, soit parti en fumée. Je cherche des détails dans le Républicain Lorrain, qui ne parle que des terrasses de café préventivement déménagées. Il faudra attendre l’édition du Dimanche matin pour les faits précis. Plus tard, je croise Jacques, libraire à la retraite, à qui j’apprends la nouvelle. Il y allait régulièrement, me dit-il ; pourtant il habite juste à côté de la médiathèque Verlaine, en bordure du Centre Ville. Mais il l’aimait particulièrement, Jean Macé. Tu sais pourquoi, me dit-il? Parce que le mercredi les enfants du quartier venaient y faire leur devoirs, et j’aime cette ambiance.   Automutilation, me dit-il encore. J’avais sinon le mot, du moins ce type de déploration à la bouche, en échangeant les impressions au marché. C’est à cela que fait très explicitement référence le magnifique poème de Victor Hugo, A qui la faute? , extrait de « L’année terrible », malheureusement actualisé, qu’ Etienne m’a envoyé par la suite. Mais là, je vois les choses autrement. Combien étaient-ils les incendiaires ? Moins d’une dizaine ? Venaient ils de ce quartier ou d’ailleurs ? Et pourquoi pas des provocateurs ? En tous cas, pas plus qu’à Sainte Soline il ne faut confondre les désobéissants civils non-violents et les black blocks, il ne faut confondre, même s’il était avéré qu’ils sont du quartier, quelques jeunes forcenés et toute une population. Qui envoyait ses enfants faire ses devoirs. Dont les jeunes filles, voilées ou pas, avaient ici un accès privilégié à la culture, grâce à une équipe de bibliothécaires réputés pour leur travail de médiation, etc… Je verrai le Répu demain. Mais on a le droit de poser la question dès maintenant :  Le fonctionnaire de police « banalisé » qui voulait que je le « laisse faire son boulot »… comment lui et ses collègues l’ont-ils donc fait ? La BAM attaquée, l’assaut de la médiathèque paraissait hautement prévisible…. Un policier tue un jeune, quelle tragédie ! Mais après cela, la logique de la punition collective se met en route… et c’est la population, notamment la moins favorisée, qui se retrouve gravement pénalisée. Vous avez dit stratégie du choc ? Un article sur « La stratégie du choc » de Naomi Klein Naomi Klein et Porto Rico

30 juin : à  Metz, ils nous laissent déambuler dans une ville morte.

Depuis 4 ans, Nathalie s’y préparait. La création de Mademoiselle Moselle devait avoir lieu ce soir dans le belle salle de concert de l’Arsenal. 165 choristes, un grand orchestre, 4 ans de travail (la représentation initiale aurait dû avoir lieu en juin 2021, mais avait été reportée suite à la Covid). La semaine avait été intense : répétitions tous les soirs. Nathalie avait invité sa mère venue spécialement de Paris. L’ainée de nos filles était venue de Strasbourg avec son ami. Nathalie était partie la première, pour 7 heures, et nous nous apprêtions à la suivre, quand elle revient, bouleversée, écoeurée : elle a appris l’annulation de l’événement par une affiche placardée à l’entrée de la salle, indiquant que « des organisations politiques avaient prévu de manifester ce soir ». Des courriels avaient été envoyés deux heures plus tôt, mais n’avaient pas été lus. Au-delà de la frustration, nous décidons quand même de sortir.  Nous marchons vers la place de la République et l’Arsenal. Les restaurants, les cafés sont fermés, à l’exception d’un seul, place Saint Jacques,  le cinéma aussi. Place de la République : un attroupement, une centaine de jeunes, en fait d’organisation politique 1 ou 2 fanions rouges. Des slogans bien connus : Qui c’est le casseurs – qui c’est les factieux – à bas à bas ce gouvernement qui nous maltraite et qui nous tue ! Une banderole est déployée : justice pour Nahel. Quelque jeunes portent des masques noirs. Je m’éloigne, retrouve le groupe familial. Nous allons vers la salle de l’Arsenal par l’Esplanade. Devant la statue de Ney, un homme d’une soixantaine d’années, en civil, parle au téléphone : il sont une quinzaine, masqués, on va les contourner et les coffrer. Je l’interpelle : ils ne font pas de mal, manifester est un droit, etc.. Vous, je vous parle pas me crache-t-il ! Laissez-moi faire mon travail ! Regardez la télé, voyez ce qui se passe ! Il s’éloigne. Je fais trente mètres, m’adresse à un jeune masqué. Le préviens que les policiers sont en train de les encercler. On s’en bat les couilles, on les baise ! me lance-t-il. Nous ne verrons pas la suite, préférant ne pas être mêlés aux échauffourées éventuelles.  Les bords du plan d’eau, le bras morts de la Moselle sont sereins. La lumière est magnifique. Les roseaux poussent dru dans les zones peu profondes. Un hélicoptère nous survole. Une jeune femme conseille de ne pas aller en ville, il y a les gaz lacrymogènes, dit-elle. C’est Tom, le copain de ma fille Ariane, qui a sans doute raison : tout cela ressemble à la stratégie du choc chère à Naomi Klein. On est loin d’avoir tout vu.

27 juin 2023 : A l’équinoxe, ils dissolvent les Soulèvements de la terre

La dissolutine c’est pour les rustines! Nous parlerons rustines un peu plus loin. Mais d’abord de petits et même de gros trous par lesquels se dégonfle la souveraineté populaire et la délibération démocratique! Par lesquels s’exhale le déni de l’urgence climatique ! Les récentes interpellations, au motif « d’association de malfaiteurs » de militants ayant dégradé une usine du cimentier Lafarge, ainsi que l’acharnement contre le mouvement « Soulèvements de la Terre » ou encore les ZAD signent une criminalisation croissante des actions de désobéissance civile en faveur du climat, de l’eau, de la biodiversité. Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU sur les défenseurs de l’environnement, s’en est inquiété. La liberté des associations de s’exprimer et de faire tout simplement leur travail est entravée ; on relève que la Loi sur le séparatisme a été détournée, on parle de Contrat d’engagement républicain, la Ligue des droits de l’Homme a été récemment mise en cause, ANTICOR s’est vu refuser son agrément, etc.. Terroristes ? Malfaiteurs ? nos militants écologistes et désobéissants civils? Soyons sérieux! Ces qualifications constituent au delà de la manipulation du langage (il faudra aussi que nous reparlions de la fameuse « écologie punitive », une rupture d’égalité ! Grosses ficelles de l’intimidation… Il y a clairement  disproportion entre  les moyens utilisés et les faits reprochés à ces militants : dégradation mineures, symboliques, versus traitement réservé à des terroristes. Et l’on ne prend pas en compte qu’ils sont poussés par le désespoir et par un sentiment de partialité du pouvoir, trop lent dans ses actions et sans véritable volonté de contraindre les activités les plus polluantes par une réglementation efficace. La désobéissance civile implique l’acceptation de sanctions – Gandhi, Martin Luther King ont toujours été clairs à cet égard. Mais si ce doit être le cas, elles doivent être appliquées  en proportion des actions en cause, et dans l’impartialité. Le déséquilibre est manifeste,  entre d’une part le traitement policier et judiciaire infligé à ces personnes, et d’autre part la quasi impunité dont bénéficient les grands pollueurs, du fait de la difficulté des procédures, et des moyens colossaux que ces entreprises sont capables de mettre en œuvre, telles des armées d’avocats rompus aux subtilités des procédures et aux stratégies dilatoires. A mettre en regard avec l’indulgence, anachronique, du droit pénal vis-à-vis des crimes environnementaux ou sanitaires, et l’insuffisance des moyens de la Justice . C’est toujours moins cher – à court terme – de pendre les voleurs de pommes (encore que les militants ne méritent même pas cette qualification) que s’interroger sur le blocage social et les causes de la famine ! Le mouvement social et écologique est un précieux moyen d’expression démocratique. Il faut écouter la parole des scientifiques et de la société civile sur les nuisances et le danger créés par les mégabassines et la fuite en avant à laquelle elles participent, il faut aussi poser la question de l’action internationale du cimentier Lafarge  notamment en Syrie, ce qui renvoie à la question de l’égalité posée plus haut, et tout simplement à celle du respect du droit; il faudrait aussi, par exemple, prendre en compte le pied de nez récent de Total et des autres majors du pétrole, démentant l’accord de Paris au profit de leur propre calendrier, bien plus laxiste.. Enfin, il faudrait s’interroger sur ce qui est réellement protecteur pour la société. C’est après tout cela que cela aurait du sens de limiter les débordements d’une frange très minoritaire des militants du climat, qui dénaturent sans doute les actes de protestation utiles et justifiés de la majorité de ces militants. C’est bien joli, l’écologie … mais l’économie? Mais le réalisme? le principe de responsabilité? Parlons-en de réalisme économique : beaucoup d’entreprises souhaitent une politique écologique plus claire et plus résolue. Contrairement aux idées reçues sur l’opposition de l’écologie et de l’économie pourrait laisser penser, il y a actuellement une grande attente d’une forte proportion d’entreprises pour que le gouvernement prenne ses responsabilités en matière de renforcement de la protection de la société contre les menaces écologiques. Il faut lire, par exemple,  le numéro 789 du magasine Challenges (1er au 7 juin 2023) qui porte notamment sur les principales conclusions du rapport Pisani-Ferry ! Toutes les entreprises n’ont pas les mêmes intérêts et les mêmes positions.  Certaines, une minorité, sont directement liés à des activités très polluantes, conscientes de leurs impacts depuis des décennies, mais continuant à prendre en otage les écosystèmes et les sociétés humaines. Les dirigeants de beaucoup d’ autres raisonnent de plus en plus comme la frange  de la population la plus sensible aux enjeux écologiques. Ils ont des enfants, des petits enfants, et souvent un grand sens de leur responsabilité ! On sait que le progrès technique et des politiques incitatives basées sur le volontariat ne suffiront pas  Or, les entreprises savent que leurs apports socialement utiles (production de biens, emplois, etc.. ) s’accommodent d’une réglementation contraignante : en effet, les entreprises s’adaptent à deux conditions : stabilité de la réglementation / égalité des règles pour tous. Mais les lobbyistes des plus polluantes redoutent toute réglementation considérée comme nuisible lorsqu’elle contraint à investir au détriment des dividendes exigés par les détenteurs de capital. Il faut aussi voir les choses globalement, pas seulement du point de vue d’un acteur particulier ! Par exemple les méga-bassines : On peut comprendre l’angoisse de grands céréaliers surendettés qui voient leurs rendements baisser et la faillite s’approcher. Faut-il pourtant, à l’échelle de la société, se contenter de fuite en avant ? Celle-ci permettrait peut-être  au système agroindustriel et exportateur actuel de se maintenir quelques années, mais guère plus au rythme d’asséchement des nappes phréatiques. Et  au prix de l’ appropriation par quelques-uns d’une ressource appartenant à tous. La solution est plutôt dans une reconversion globale de cette agriculture et de ce système agro industriel qui doit prendre en compte les cas individuels notamment d’endettement, d’emploi, de besoin sociétal de certains produits, comme les dérivés pharmaceutiques de l’amidonnerie, etc..  Une solution construite avec tous les acteurs, y compris les défenseurs de l’eau et du climat, les syndicats, les agriculteurs, etc..