Avec de nombreux autres poètes, éditeurs, traducteurs , j ’ai signé, et ici, je relaie une tribune, intitulée
Gaza nous sommes solidaires
Je l’ai fait, car profondément touché, blessé, en colère, par le sort fait aux palestiniens, individuellement et en tant que peuple, surtout à Gaza, mais aussi de plus en plus en Cisjordanie. Ce sort est insupportable, bafoue toute idée de justice, un des fondements de l’humanité.
Je n’oublie pas cependant d’être prudent vis-à-vis de positions générales qui se multiplient, d’explications simplistes, et je refuse le « campisme », à la suite du tract Gallimard publié par Eva Illouz sur le 8 novembre,
dont on trouvera ici une courte recension de Benoit Recco.
Avec Eva Illouz, je suis convaincu que « […] nous avons besoin d’une attitude analytique et d’une fraternité ample »
Surtout, je suis et reste convaincu que choisir la solidarité avec le peuple palestinien attaqué dans ses vies et les fondements de son vivre ensemble, c’est répondre aux valeurs portées pendant des millénaires par les juifs, dans leurs identités et contextes multiples, et qui sont actuellement trahies par une logique étatique exacerbée, et un gouvernement d’extrême droite sans scrupules.
Je crois que tout ce que le judaïsme a porté et porte encore, un humanisme créateur, une culture foisonnante, une religion d’amour, est profondément du côté de l’empathie avec ceux qui souffrent, et du côté de la justice.
En Israël même, de nombreux opposants et objecteurs de conscience à la politique de violence et de domination en témoignent au quotidien.
Dimanche 28 septembre, j’écoutais sur France-Culture l’émission Talmudiques qui, pour les fêtes de la nouvelle année juive, donnait la parole au rabbin Delphine Horvilleur. Je retrouve dans son message, basé sur une exégèse biblique passionnante, l’expression de ces valeurs universelles, et bien plus encore . Il s’agit notamment du conflit entre les deux femmes d’Abraham, Sarah, mère d’Isaac, « la légitime » et Agar, mère d’Ismaël, « l’étrangère », qui fait ressortir à quel point cette tension est au cœur de l’expérience, de la fécondité juive.
Delphine Horvilleur rappelle aussi l’importance de la parole prophétique, qui associe critique et consolation.
Elle explique que le prophète est l’inverse de la pierre, au sens notamment des cœurs de pierre, solidifiés par leur certitude, et que la parole prophétique doit casser, dépétrifier, pour y remettre de la vie et du souffle …