C’est quoi, ce cirque ? ! Au cours de 2025, le « spectacle » cher aux dirigeant autoritaires de la planète, mais aussi aux grandes multinationales du « numérique », s’est déchaîné. Au point de faire parfois oublier qu’outre sa fonction de masquage de la réalité, notamment de rapports de force lourds, déséquilibrés, persécuteurs, au service d’une fuite en avant dans l’extractivisme et l’économie du superflu,  ce spectacle était aussi celui des souffrances infligées et du sang versé « en direct » et que cela semble s’intensifier. Sur ce sujet, on peut écouter la « chronique du Grand Continent » dans la matinale de France culture du vendredi 9 janvier.

 En 2025, on fêtait le centenaire de la naissance de Gilles Deleuze : riche année de retour sur la production écrite et orale de ce philosophe, pour moi, année d’initiation. C’est ainsi que j’ai découvert, notamment, le livre coécrit par  Deleuze et Guattari, « Mille plateaux », d’abord dans une mémorable série d’émissions de France Culture, (dont celle qui concernait la Ritournelle) avant de me faire offrir le bouquin et le lire à petites doses, comme un bon armagnac.

La ritournelle, ces « tralalas » qui protègent, au sens où ils nous permettraient, par exemple, de résister au sentiment de perte, de chaos, et peut-être aussi face au « Spectacle » ?

Voici ce qui inspire notamment mon « Festiwahl 26 », que voici, avec tous mes vœux de bonne année !

( J’ ai offert un poème de nouvel-an, en janvier de chaque année, depuis 2009 ! Vous pouvez dans ce même blog retrouver le Festiwahl 25, ainsi que  ma chronique sur l’espérance de fin 2024. Vous trouverez aussi un florilège de quelques-uns de ces vœux espiègles,  ici)

Deux mille millions de ritournelles pour Vingt-six

 2026 pour prolonger le délire, si tard   déjà                         cithare

d’à vingt-six cordes                                (l’année sera donc thriller

ésotérique)

Elle sera! elle sera!

2026 : deux fois 1013 nombre premier, année rhizomiale,

En 2026              la logique rhizomatique  

et celle des zygomatiques             si ne divergent pas

convergeront

 

En 1013 année discrète, l’important  s’est passé à l’abri des regards… (Hormis peut-être

de l’Angleterre la conquête,  par Sven barbe-fourchue, roi danois (qui pas longtemps n’en profita)!

Petit Donald en voudrait-il encore à celui-là ?)

Debord : Je préfère rester dans l’ombre, avec ces foules, plutôt que de consentir à les

haranguer dans l’éclairage artificiel que manipulent leurs hypnotiseurs. [i]  car

 

Tout se fait en plein jour

on n’ y voit que du feu

 

Fumée de fumée[ii]           la brume des sondages          sur ce que nous           voulons

vraiment,          nous enveloppe

nos  vœux de bonne année, dans leur

simplicité           ritournelle      

 la lestent un peu

 

Fumée de fumée          smog d’encens, de  cris légers, de signes…

 ritournelle de ritournelles :

la galette (bien faite) les crêpes et les beignets, les œufs de Pâques, les  araignées Laribono d’Halloween                    Blackie Friday et ses croquettes

et le calendrier de l’Avent – en chocolat – la bûche

force tranquille

Dubon  dubon dubonnet

la gourmandise est un vilain défaut

la roue  des douceurs accélère

quand trois poules vont au champ

ramenant les desserts provençaux  

(ils sont treize ! en vingt-six :  pourrai-je me servir deux fois  

de chacun d’eux ? )

Neige neige blanche

voir enfin  la France            en grand

mais pas les pruneaux

try Jaja//nuary         dry January        à boire  au tonneau

tombe sur ma manche

make America Gaga

vers l’infini et au-delà

sanglots (pas longs ni monotones)

de la  cithare

 

Tout doux, les bœufs, swing low, sweet chariot

de Dagobert … Majesté pas rasée,              ou par hasard

Roi bon dit-on. Il a bon goût, l’agneau français, il a bon dos, le cabillaud…

Et Radio-Paris ment

le petit Vladimir est attendu par ses parents

le travail n’attend pas

plaisir d’amour ne dure qu’un instant

je sais ce qu’il faut faire

je fais tout le contraire

elles sont exquises ces cerises !

on attendra Godot sous le réverbère  car                  il y fait plus clair

(De tout ce bonheur,  mais qu’allons-nous faire  ?[iii] )

chagrin d’amour dure toute la vie …

 

Tout se fait en plein jour

on n’ y voit que du feu

et voici l’équivoque :  brume spirale des mots

nous encapsule au milieu du chaos

protège (un peu)  nos neurones       du simulacre cru

de notre noire bile d’impuissance

 

Le petit Donald est attendu à la station de pompage

les petits Javier et Elon sont attendus

à la quincaillerie

(est-ce la mort du p’tit Téfal ?)

le petit Nicolas Dantès-Dreyfus-Latude, dit Masque-de-Fer est attendu au parloir

le petit Emmanuel est attendu sur le mirador

le petit Vincent B est attendu au kiosque 26

le petit Vladimir, le petit Narendra, le petit Jinping, la petite Georgia, le petit Bruno R,  la petite Marine L, le petit Jay-Di V., le petit Jordan B. etc…

sont attendus, dans la tourelle du tank, dans la salle des coffres

dans le jardin d’hiver

au point de non-retour

sur le palier des ascenseurs

dans le fauteuil du coiffeur

chez le marchand de glace

au cabinet de décuriosité

Onze, douze, treize,

Marie-Thérèse

où allez-vous ?[iv]

 

C’est quoi, ce cirque ? Et que font-ils,

à la station de pompage, à la quincaillerie, au parloir, sur le mirador

au kiosque 26, dans la tourelle du tank, dans la salle des coffres, dans le jardin d’hiver, au point de non-retour,

sur le palier des ascenseurs, dans le fauteuil du coiffeur, chez le marchand de glace

au cabinet de décuriosité?

 

Ne me dis  pas  qu’ils y complotent

avec leurs potes ? (Houlà, j’aurais dit ça, moi ?)

Et  comment le complot,

est-il soluble dans la fanfare ?

(il y a plus de 26 couches,                 répondras-tu  

à la réalité           sociale)

 

Debord : le spectacle se soumet les hommes vivants dans la mesure

où l’économie les a totalement

soumis[v]

 

(Regarde de tous tes yeux, regarde ![vi]

Tout se fait en plein jour,      on n’y voit que du feu)

 

Le petit Donald est attendu à la station de pompage

Il a choisi : à tant qu’à feindre          acheter  

la paix sociale               autant y employer    les ressources

des autres

(le  temps béni des colonies               n’est pas fini)

Le multilatéralisme c’est fini                place entière aux  zones

d’influence       chacun chez

ses voisins, dirait l’Oncle Anatole

Lampion!

Caracas : rien n’est plus loin

Pézenas : peu sont moins loin [vii]

Petit Donald a choisi

et tous, ils ont choisi aussi :

plutôt que  nous laisser dire et faire  délibération, sobriété, partage

nous lancent à la poursuite d’ un nouveau rêve                         technologique

Et combien il faut d’énergie pour la production du mensonge

pour l’estouffade  des questions !

 

Sigurd comprit le chant des oiseaux

il tua le félon

et le cœur éclairant

de Fafnir le dragon

il le mangea lui-même      

             

Des félons, tournent tournent les ritournelles :

Rien d’autre n’est possible

Il n’y en aura pas pour tout le monde !

Pense d’abord à toi

L’avenir peut bien se débrouiller tout seul ![viii]

Rends toi compétitif

Touche les dividendes de ton mérite !

Quand on veut, on peut peut peut peut peu(t)

pouf pouf            l’investissement dans les  fossiles protège l’épargne des retraités

et des classes populaires lalère

(Debord : l’économie transforme le monde,

mais le transforme seulement en monde de l’économie[ix]. )

Les vacances c’est fini

Le jean droit, c’est fini, avec Tchikita si je sors le samedi

Mais surtout, la fête est finie (dit le petit Bruno R), 35 heures, 

aides sociales si généreuses, hypra-bambocheuse assurance

-chômage                                                             tout est fini

 

Regarde de tous tes yeux, regarde !

Mais à  trop fixer la scène

où Bruto/Ubu/Gnafron se déchainent 

(à trop oublier aussi, peut-être

que notre fascination est souvent accompagnée

d’un goût un peu salé de cruauté )

on ne voit que du feu !

 

 

 

Et si,  pourtant? Et si ? Ne pleurez pas parce que c’est fini,

 mais souriez parce que c’est arrivé ! [x]

(autrement dit : pas Bruto, Culbuto !)

Et si, à nous aussi, les ritournelles

                                                              Des contre-ritournelles!

pour se faire un chez soi,

pour marquer, ceindre l’essentiel

manger le cœur de dragon  qui rend

lucide …

 

(Deleuze) quand est-ce que je dis tra-la-la… je chantonne en trois occasions

1) quand je fais le tour de mon territoire… quand je suis chez moi

2) quand je ne suis pas chez moi, et que j’essaie de regagner le chez-moi, quand la nuit tombe.. l’heure de l’angoisse, je cherche mon chemin, et je me donne du courage en chantant tralala…

3) quand je dis « adieu, je pars , et dans mon cœur, j’emporterai… »[xi]

 

(Pascale  Criton) L’enjeu est  de sortir de la répétition. La répétition fabrique

 de la différence.                La ritournelle, serait une petite mécanique

qui engage la transformation d’un état fermé, d’un état clos,  vers

une variation, une ouverture, une transformation…[xii]

 

Pour sortir du refuge ! chanter en boucle, griffonner les rubalises :

 

Qu’on peut avancer ensemble se tenir la main

Marwan Mohammed insiste

sur la dimension collective de son parcours,  antithèse

des récits de méritocratie individuels.

 «J’ai pu vouloir, et si j’ai pu vouloir, si j’ai pu faire, (..), c’est grâce, non au hasard mais aux rencontres, (…) à des dispositifs, la solidarité, l’éducation populaire.[xiii] »

 

Qu’on peut  demander (Debord),             non pas d’ assurer ou

d’élever le  « minimum vital « , mais que l’on renonce à maintenir les foules

au minimum de la vie[xiv].

 

Que sur le point de l’aube on peut veiller,

pendant son tour des remparts

plutôt que fixer la ville encore noire

ritournelles de nos mémoires :

 

Le fruit de la Justice, sera la paix[xv]

 

Vincent Wahl

18  janvier 2026

 

 

 

 


[i] Guy Debord,  Œuvre complètes, Quarto, Réfutation de tous les jugements tant élogieux qu’hostiles,

qui ont été jusqu’ici portés sur le film  » La société du spectacle «  cité par JM Potiron, Le dernier des dériveurs, script d’une pièce de théâtre

[ii] La Bible, Qohelet (l’Ecclésiaste). L’ expression a souvent été traduite « Vanité des vanités »

[iii] Peau d’âne, Jacques Demy, film de fiction

[iv] Jean Baucomont et al. Les comptines de langue française, ed. Seghers,1961, 1970, p 63

[v] Guy Debord,  La société du spectacle  cité par JM Potiron op. cit.

[vi] Jules Verne, Michel Strogoff

[vii] allusion à Bobby Lapointe Framboise

[viii] D’après  Gérard Bronner, interview dans Polytechnique insights, 13 janvier 2026

[ix] Guy Debord, La société du spectacle,  cité par JM Potiron op. cit.

[x] proverbe yiddisch

[xi] Gilles Deleuze, O comme Opéra, l’ABCdaire de Gilles Deleuze cité par l’émission Avec Philosophie, 12 juin 2025, Géraldine Mosna-Savoye, avec Pascale Criton

[xii] Dans l’émission Avec Philosophie du 12 juin 2025 op. cit.

[xiii] L’invité des matins de France Culture du 8/01/2026

[xiv] Guy Debord Œuvres complètes, op. cit. Potlatch n°4 cité par JM Potiron

[xv] La Bible,  Esaie ch. 32 : v 17. Verset choisi pour 2026 par la fédération protestante de France