Vincent Wahl - Écrits

 Samedi en poésie du 27 septembre 2025, organisé par la Médiathèque Verlaine et l’Association Partage-Poésie

Alain Helissen, Vincent Wahl et l’équipe de la médiathèque Verlaine accueillaient Emeline Houël, dans le cadre des Samedi en poésie, rencontres périodiques avec des poètes contemporains. 

Hanna Ancé, 27/09/26, croquis sur le vif, en cours de séance

Émeline inaugurait une nouvelle formule des Samedi en poésie, dans laquelle l’invitée est une poétesse, un poète, publié(e) pour la première fois. Il s’agit en l’occurrence du recueil Cheminer sur la terre, paru en 2024 aux éditions Henry, comme lauréat du Prix des Trouvères des lycéens.

Cette parution a été précédée de publications en revue, et d’œuvres en dialogues avec des artistes. Émeline Houël a bien voulu confier à ce blog les notes de sa présentation, retravaillées, enrichies de références et de liens qui ouvrent largement sur ces échanges. On pourra ainsi lire l’introduction qu’elle fait elle-même à sa poésie, dans l’article suivant.

En préparant, avec elle, la rencontre, en lisant ses textes, et en l’écoutant lors de la séance du 27 septembre, j’ai été frappé par l’empreinte de ses lieux, de ses forêts, sur la vision du monde, dont son écriture découle. Il faut donc évoquer ses terrains : les Pyrénées-Orientales, où elle vit maintenant, et l’extraordinaire forêt ancienne de la Massane ; la Guyane, où elle a passé 18 années, ses fleuves, sa forêt amazonienne, les forêts vosgiennes de son enfance, et la forêt boréale à laquelle des voyages la relient.

Hanna Ancé, 27/09/25 croquis sur le vif

Ce tour de propriétaire renvoie à sa profession : Émeline est ingénieure de recherche, spécialisée en chimie de l’environnement. Ce qui l’intéresse, m’a-t-elle raconté, c’est par exemple, d’essayer de comprendre comment la chimie des tissus d’un arbre va varier en fonction de l’histoire de ce même arbre, ou comment le paysage chimique du sol change en fonction des caractéristiques de la forêt.

C’est donc une chimiste en dialogue, avec les gestionnaires et les prospecteurs de la forêt, capables de lui raconter son histoire, avec des arboristes-grimpeurs[1] qui lui décrivent sa morphologie, d’étage en étage. En dialogue aussi avec des biologistes, des écologues, des ethnobotanistes, au sein de ces projets pluridisciplinaires qu’exige l’étude des milieux naturels. Indisciplinaire aussi, quand elle se rend en forêt pour juste y être, y randonner, par besoin de respirer… jusqu’à parachever la transformation. Et un jour, peut-être, mieux qu’elle aussi grimpeuse d’arbres, activité qu’elle pratique déjà dans le cadre professionnel, devenir, sans autre intention, liane grimpante? Émeline est aussi une scientifique en dialogue avec les arts, une artiste en dialogue avec la science, avec d’autres artistes, souvent scientifiques elles, ou eux-mêmes. Elle s’éprouve enfin particulièrement concernée par la tâche de transmettre la science au public, lui permettre de s’approprier ses résultats, bien sûr, mais aussi se figurer son travail quotidien, jusqu’au vocabulaire spécialisé, pas si abscons, pas si dénué de poésie. Émeline a donc entrepris d’expérimenter quelle puissance d’expression, de facilitation pourrait avoir la poésie dans ce partage.

Car poésie et recherche scientifique cheminent ensemble. On attendrait peut-être ici le lieu commun des « deux jambes », qui permettent la progression ! Mais c’est la métaphore du quadrumane, ou même d’un être pourvu d’encore davantage de pieds, de mains, d’organes de perception, etc. qui me vient à l’esprit.

Lorsqu’on l’interroge sur la manière dont elle a commencé à écrire, on le lira dans l’article suivant, Émeline parle d’abord de sa pratique compulsive de la lecture, de son goût pour les contes, les écouter, les raconter à son tour… et un jour, dit-elle, les poèmes sont arrivés. Comme des animaux migrateurs, peut-être…  Des poèmes comme des instantanés d’émotion, dit-elle, venus sans projet ni organisation. Comment vit-on avec cela, et comment les pièces du puzzle (c’est son image à elle) finissent elles par s’imbriquer ? 

A lire Cheminer sur la terre, j’ai eu une impression de grande fluidité, de simplicité. Une poésie de la perception, de l’émerveillement, mais dans laquelle apparaissent très souvent des notions de reprise, de retour, de retrouvailles, mais aussi d’allégement, d’éclosion …

Dans un frémissement (dit-elle)

se sentir accueilli/retrouver une âme)

Et aussi

J’ai mon couteau, et de quoi garder la mémoire des instants

Ou encore cette invitation à 

retrouver (notre) corps animal,

invitation à l’écoute, à l’attention, à la relation. Je vous laisse la lire, je ne doute pas que vous soyez touchés.

Dans l’article suivant elle nous conte son entrée dans l’écriture, comment le poème est venu. Dans un article  à paraitre sur ce même blog dans les semaines suivantes, elle expliquera comment elle vit, en elle-même, et avec ses partenaires, artistes, scientifiques, public des actions de médiation scientifique,  les interactions  entre l’attention au vivant, la science, et la poésie, les synergies entre le sensible et l’analytique.

 

 

Vincent Wahl

 

 

[1] Pour un éclairage sur cette activité, on pourra consulter les articles correspondant aux liens suivants :

https://www.valentine-arboriste.com/grimpe-scientifique

https://www.petzl.com/FR/fr/Professionnel/Actu/2023-7-9/EnQuete-d-Arbres—former-des-scientifiques-au-Congo